Protestations à l’allumage de la flamme olympique

24 mars 2008
Un Tibet sans flamme
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Esclavage moderne

24 mars 2008

TRAVAIL ILLEGAL. La servitude des bonnes des beaux quartiers.

Pascale Égré

lundi 24 mars 2008 | Le Parisien

Elles sont domestiques corvéables à merci, sans papiers, sous-payées, pour la plupart originaires des Philippines, et vivent dans des conditions souvent indécentes au service de familles aisées. Rares sont celles qui se rebellent.

LA PLUPART, convaincues de ne « pas avoir le choix », se taisent et acceptent leur sort. Elles décrivent des « patrons gentils », qui offrent « une chance » au regard de la situation dans leur pays d’origine et dont les enfants deviennent « comme les nôtres ». Quelques-unes, après des années d’exploitation et d’espoirs déçus, ou parce que la servitude s’est mue en esclavage, entament une démarche judiciaire pour faire valoir leurs droits.

« Ils m’avaient promis plein de merveilles. Quand j’ai demandé s’ils pouvaient m’aider pour les papiers, c’est devenu un cauchemar », raconte Fanny, une Cap-Verdienne de 39 ans qui a passé dix ans au service d’un riche couple des Hauts-de-Seine et dix autres à batailler devant les tribunaux. Domestique, garde d’enfants, cuisinière, couturière, femme de ménage… Etrangères, sans papiers, sous-payées, elles sont – parfois des hommes aussi – les « petites bonnes » de familles aisées de Paris ou de la Côte d’Azur.

« N’est pas notre employée », s’est d’abord entendu répondre Angela, qui a porté son dossier devant le conseil de prud’hommes de Paris après neuf ans de service. « Un léger travail d’entretien » en échange d’une chambre de bonne, assure désormais la défense du couple qui l’utilisait, dirigeants d’une célèbre marque de vêtements branchés. « Ces gens établissent une relation quasi coloniale, où règne une totale hypocrisie », tempête Me Slim Ben Achour, avocat de Fanny et aujourd’hui d’Angela, qui se dit convaincu du « caractère discriminatoire » de ces situations. « C’est parce qu’elles sont femmes, venant d’Afrique ou d’Asie, et de couleur que ces conditions de travail leur sont faites », affirme-t-il.

Fuir au Canada

Le cas des domestiques philippin(e)s, très apprécié(e)s de l’élite de l’Ouest parisien, n’est un secret pour personne, ministère de l’Immigration y compris. Depuis l’automne, ce dernier négocie un « accord de gestion concertée des flux migratoires » entre la France et les Philippines qui « vise uniquement les emplois qualifiés et les étudiants ». Quid des employées de maison déjà présentes en France ? « Elles ne sont pas du tout concernées par l’accord. Cela en fausserait l’esprit », insiste un porte-parole de la Rue de Grenelle. Dans la communauté, pourtant rodée à une solidarité mêlant action des associations et des Eglises, la crainte de l’expulsion est devenue telle que beaucoup s’organisent pour tenter l’émigration au Canada. « Trente sont partis en décembre », assure Rafaelito Gomez, qui bataille par ailleurs pour « l’intégration » de ses compatriotes via une petite association qui donne des cours de français.

A 8 € de l’heure, 12 maxi, « pas de paye » quand les patrons sont en vacances, il faudrait au minimum deux ans à Maria et Ruben, logés dans un 5 m2 du XVIe, pour réunir la somme nécessaire à un nouveau départ. Eux ne porteront jamais plainte. « Par peur et par ignorance de leurs droits », analyse Denis Mana-ay, qui travaille à l’église américaine du VIIIe arrondissement. « La révélation de ces affaires se heurte au principe de l’inviolabilité du domicile privé, où elles sont en général confinées », souligne en outre le commandant de gendarmerie François Chambre, chef adjoint de l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI). Quant aux très rares personnes qui osent briser le huis clos de ce phénomène caché – dont le Comité contre l’esclavage moderne (CCEM) rappelle qu’il ne se réduit pas aux beaux quartiers -, un autre combat fait de « très longues procédures » les attend. Avec, à la clef, déplore Sophia Lakhdar, présidente du CCEM, « des peines très peu dissuasives ».

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> 334 signalements en 2007 au Comité contre l’esclavage moderne (CCEM, 01.44.52.88.90). A lire : « Esclavage domestique », Raphaël Dallaporta, Ondine Millot, Filigranes 2006 et « Personne ne voulait me croire », Salima Sy, Editions
du Toucan, 2008.

> 101 cas de servitude révélés en 2007 par la gendarmerie nationale.

> 30 000 Philippins en France selon une estimation du Quai d’Orsay en 2004. 7 166 ressortissants selon le ministère de lIntérieur. Outre l’Ouest parisien, la communauté est présente sur la Côte dAzur. En 2007, Médecins du monde Nice a accueilli 450 Philippins sur 4 000 consultations.

> 5 000 € et un mois deprison avec sursis après sept ans de procédure pour les exploiteurs de Mina,ivoirienne, asservie durant cinq ans et demi ; 18 000 € et six mois avec sursis pour ceux de Rose, arrivée à l’âge de 9 ans, asservie pendant neuf ans.


Le perchiste Romain Mesnil veut afficher son soutien aux droits de l’homme lors des JO de Pékin

22 mars 2008

LEMONDE.FR avec AFP | 22.03.08 | 17h40 • Mis à jour le 22.03.08 | 18h33

Le Français Romain Mesnil, vice-champion d’Europe et du monde à la perche, s’est dit favorable vendredi 21 mars au port d’un ruban vert durant les jeux Olympiques à Pékin, afin de montrer l’attachement des athlètes “au respect des droits de l’Homme”. “Suite à la médiatisation tardive du non respect des droits de l’Homme en Chine, je pense qu’une initiative de la part des sportifs aux jeux Olympiques serait la bienvenue”, déclare dans un communiqué Mesnil, en faisant référence aux récentes violences au Tibet.

“Il serait par exemple intéressant que les sportifs qui le souhaitent, puissent porter pendant toute la durée des Jeux un ruban vert (couleur de l’espoir) qui montrerait leur attachement au respect des droits de l’Homme et ce, sans connotation politique”, ajoute-t-il. “Ce symbole rappellerait que le respect des droits de l’Homme s’insère complètement dans l’esprit olympique. Le but est bien entendu que ce signe respecte la charte olympique.” L’article 51-3 de ce texte dispose qu’”aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique.”

OPPOSÉ AU BOYCOTT

Un porte-parole du Comité international olympique (CIO), joint au téléphone par l’AFP, a déclaré qu’une telle démonstration serait en infraction avec cet article de la charte olympique. Cet accueil réticent réservé par le CIO au projet du perchiste français ne l’a pas refroidi. “Il faut savoir comment on peut contourner le problème”, a déclaré samedi Romain Mesnil à l’AFP, qui n’a pas l’intention dans l’immédiat de renoncer à son idée. “Bien sûr que non, a-t-il assuré. Je suis à l’initiative du projet. Il faut voir comment on peut le faire avancer. Ce n’est pas en une réponse rapide que l’on peut régler la question. Je ne comprends pas dans quelle catégorie ils classent cela et pourquoi. Est-ce réellement politique de dire que l’on est attaché aux droits de l’Homme? S’il le faut, on peut juste changer le message.”

“Moi, je suis opposé au boycott des Jeux, car cela n’apporte rien”, a souligné Mesnil. “En 2001, comme tout le monde, j’ai pensé aux droits de l’Homme dès que la Chine a obtenu l’organisation des Jeux de 2008. Là, avec la médiatisation des récents événements, y aller sans rien faire, ça me gênait au fond de moi.” “La Fédération (française d’athlétisme) m’a dit qu’elle était d’accord avec mon idée, mais elle m’a dit que ça n’allait peut-être pas passer au CNOSF (Comité national olympique et sportif français)”, a-t-il encore indiqué. “Pour l’instant, nous n’avons pas eu de directive du CNOSF. Le but n’est pas de parler de politique, mais des droits de l’Homme, qui sont une notion très universelle s’incrivant dans l’idéal olympique.”


Festival international du film des Droits de l’Homme

21 mars 2008

Programme complet sur le site du festival

Depuis son origine, le FIFDH s’est donné pour ambition de présenter un panorama de la production cinématographique documentaire la plus récente traitant des droits humains et de donner au public l’occasion de rencontrer les réalisateurs et les acteurs du combat pour les Droits de l’Homme. Du 25 mars au 1er avril à l’Action Christine.

Au programme

- 32 films documentaires présentés en avant-première en France.
- Des rencontres-débats après chaque projection, avec des réalisateurs français et étrangers, rejoints en soirée par des intervenants venus de nombreux horizons: chercheurs, journalistes, ONG et défenseurs des Droits de l’Homme.
- Un temps privilégié de rencontre et de dialogue.
- Une occasion rare de voir d’autres images et d’entendre d’autres voix.

Quelques temps forts de la programmation

- le nouveau film de Pierre Carles: “Qui dit mieux ?”, samedi 29 mars à 18h

- “Triage”, dimanche 30 à 18h, en présence de Rony Brauman, président d’honneur de Médecins Sans Frontières pour évoquer l’action humanitaire, ses enjeux et ses ambiguités.

- “War made easy: la guerre pour les nuls”, “Paix, propagande et terre promise” et “Hollywood et les Arabes”, trois films inédits présentés par Sut Jhally, réalisateur, producteur et fondateur de la Media Education Foundation (USA), l’un des principaux acteurs de la critique des médias aux Etats-Unis.

- “Terriens”, le film événement de Shaun Monson qui relie enfin le rapport que nous entretenons avec les animaux avec celui que les hommes entretiennent entre eux

- “Technocalyps”, la fresque magistrale de Frank Theys sur l’impact prévisible des prochaines évolutions technologiques sur l’espèce humaine (samedi 29 mars à 20h30 et dimanche 30 à 10h)

- “Chasseur de dictateurs”, de Klaartje Quirijns, en présence du protagoniste principal du film Reed Brody de l’ONG américaine Human Rights Watch, mardi 1er avril à partir de 20h.

Le FIFDH est organisé grâce aux soutiens du Secours Catholique-Caritas France, la Mairie de Paris, le Conseil Régional d’Ile de France, l’Acsé, la Vie et RFI.

Sixième édition du FIFDH, du 25 mars au 1er avril au cinéma Action Christine
4, rue Christine (6e) Métro Odéon ou Saint-Michel

Tarif: 6€
Tarif réduit: 5€
Tarif de groupe: 4€
carnet de 10 entrées: 45€


Le Pari(s) du vivre-ensemble

16 mars 2008

À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

L’ÉCOLE À LA RENCONTRE DE LA PLURALITÉ CULTURELLE

19 mars et 2 avril 2008

L’École, qui se voulait creuset de l’intégration, est en panne. Comment faire ujourd’hui de la diversité à l’École, souvent présentéecomme un problème, un véritable tremplin éducatif et de mobilité sociale ?
Comment concilier les exigences de la mémoire et de l’Histoire, affirmations identitaires et intégration républicaine ? Quelles expériences concrètes ont-elles déjà été menées avec succès, en France et à l’étranger ? Comment parents, éducateurs, chercheurs, éditeurs, membres de la société civile peuvent-ils conjuguer leurs efforts pour mettre en oeuvre une pratique pédagogique de la pluralité culturelle équilibrée et épanouissante pour tous les élèves ?
Ce sont là les questions auxquelles tentera de répondre cette deuxième édition du Pari(s) du Vivre-Ensemble, initiée par Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias, directeurs d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et lauréats 2006 du Prix Françoise Seligmann contre le racisme, et organisée par un groupe d’enseignants du secondaire et de jeunes chercheurs, Stéphanie Laithier, Sébastien Ledoux et Vincent Vilmain, avec la collaboration de Laurence De Cock, Sophie Ernst et Renaud Farella.
Les deux journées programmées donneront la parole à une cinquantaine de personnalités et acteurs de terrain issus de tous les horizons et allieront, comme c’était déjà le cas en 2006, débat citoyen et offre culturelle (film, exposition, concert) :

- Le 19 mars, à 17h30 : L’École et l’immigration. Exposition, film et débat à l’UNESCO, salle XI, 7 place Fontenoy, 75007 Paris.

- Le 2 avril, à 9h15 : Comment écrire et enseigner la pluralitéculturelle à l’école ? Grande journée de débats, suivie d’un concert, à la Sorbonne, amphithéâtre Liard, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris.

Entrée libre et gratuite.

Programme complet sur www.parisduvivreensemble.org


Rapport du département d’Etat des USA sur l’antisemitisme

15 mars 2008

Monde du 14 mars

Les USA mettent en garde contre un antisémitisme déguisé en haine d’Israël
14.03.08 | 00h30

Les Juifs à travers le monde font l’objet d’une nouvelle forme d’antisémitisme qui se présente de manière déguisée en haine envers Israël, avertit jeudi un rapport du département d’Etat américain.

“Ce nouvel antisémitisme est courant à travers le Proche et le Moyen Orient et dans les communautés musulmanes d’Europe, mais ne se réduit pas à ces populations”, écrit le département d’Etat dans ce rapport portant sur 2007, et qui égratigne l’ONU au passage.

Le document cite notamment le fait que les différentes organisations des Nations unies font souvent l’objet de demandes d’enquêtes sur “des atrocités et autres violations des droits de l’Homme supposées commises par Israël et présentées d’une façon dramatisée”.

L’effet de ces “critiques sans répit envers Israël” alimente l’idée que l’Etat juif est une source majeure d’”abus contre les droits des autres”, poursuit le rapport, qui souligne que dans le même temps, les différentes organisations des Nations unies ne prêtent “pas assez attention à des régimes qui sont manifestement coupables de graves violations”.

Le fait de “comparer la politique actuelle d’Israël à celle des nazis est de plus en plus répandu”, selon ce rapport, publié conformément à une loi adoptée en 2004 aux Etats-Unis dans le but de recenser et combattre les actes antisémites dans le monde.

Le rapport souligne que la haine envers Israël se manifeste parfois par des violences commises contre des individus juifs, et relève une soudaine augmentation des incidents antisémites au moment de la guerre entre Israël et le mouvement radical chiite libanais Hezbollah en 2006.

Il accuse plusieurs dirigeants d’attiser la haine antisémite, notamment le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ainsi que le président vénézuélien Hugo Chavez, le gouvernement syrien ou encore les médias saoudiens et égyptiens.

Le rapport souligne que l’antisémitisme sous sa forme traditionnelle demeure un problème en Russie et que la violence antisémite “reste une préoccupation importante” dans des pays comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Il note aussi une augmentation des incidents antisémites en Argentine, en Australie, au Canada, et en Afrique du Sud notamment.


Prochaine séance : Les Justes

15 mars 2008

Projection le 17 avril. La réservation est toujours possible. Un film en deux parties de Marek Halter (1994), coproduit par Kurtz Production, Sara Films, Vega Film, France 2 Cinéma, la Télévision suisse romande, le Centre européen cinématographique Rhône-Alpes et Palmyre Productions.

COMMENTAIRE DE “TELEDOC/CNDP”

Tzedek n’est pas, à proprement parler, un documentaire historique. On n’y trouvera pas de documents d’archives ni de rappel des événements qui ont ponctué la seconde guerre mondiale et la Shoah. Ce premier film d’un homme de lettres est en somme une accumulation d’histoires glanées à travers toute l’Europe. Les uns, comme cette Polonaise, ont fait partie d’un groupe de résistants qui a permis d’« exfiltrer » environ deux mille cinq cents enfants du ghetto de Varsovie. D’autres, comme cette Parisienne, ont recueilli des enfants de voisins arrêtés par la police. Pour Marek Halter, peu importe le nombre, c’est le geste qui compte. Le film nous emmène tout d’abord à Sarajevo. Là, on rencontre une vieille musulmane qui nous raconte comment elle a protégé des compatriotes juifs. Cinquante ans plus tard, ses petits-enfants ont trouvé refuge au sein même de cette famille d’amis juifs établie en Israël après-guerre. La solidarité commence sur son palier. Cet acte simple prend une autre ampleur lorsqu’on en vient à s’engager dans des réseaux. Halter nous en évoque plusieurs. Au Danemark, la majorité des juifs, mais aussi des résistants et des parachutistes anglais, ont fui à bord de bateaux de pêche, à raison de deux à vingt personnes par jour et par bateau ! « Il fallait mille personnes pour sauver un juif. Il suffisait d’une personne pour dénoncer mille juifs », explique Marek Halter. Alors pourquoi des gens ont choisi le bien contre le mal ou l’indifférence ? Cette question revient, lancinante, tout au long du film. « Quand on pense aux autres, on n’a pas peur », affirme ce docteur d’un village français. Tout le film renvoie chacun à ce questionnement. Et moi, qu’aurais-je fait ? se demande-t-on, d’autant que Marek Halter interroge tous ses interlocuteurs afin de comprendre ce qui est pour lui inexplicable : pourquoi n’y eut-il pas davantage de Justes ? Ainsi, des concepts tels que la solidarité, l’amour, le courage sont-ils questionnés. Interrogation salutaire entre toutes.

L’ENTRETIEN

« Téléscope » avait rencontré Marek Halter à l’occasion de la première diffusion de son film en 1996.

Téléscope : D’où vous est venue l’idée d’un tel film ? Marek Halter : Un jour, j’étais invité par le lycée Henri IV pour m’entretenir avec des élèves. À un moment donné, l’un d’eux me demande une définition du mot « ghetto ». J’ai commencé à expliquer… Je me suis rendu compte que l’histoire du ghetto de Varsovie, dont je parlais en tant que témoin direct, ne les intéressait pas. Ils me croyaient, mais ce n’était pas leur problème. Cela a été un choc pour moi. Nous sommes de mauvais éducateurs. En tant qu’individu qui pense et qui a vécu dans sa chair la douleur de l’intolérance, j’ai cherché à transmettre quelque chose de vivant. Pour maintenir la mémoire vive, il faut que les générations suivantes puissent s’identifier à des personnages. Ils sont de quatre types : les bourreaux, les victimes, les collaborateurs et les résistants. S’identifier aux trois premières catégories : non, bien sûr. Quant à être résistant, cela n’est pas donné à chacun. Il fallait très vite que j’introduise une cinquième catégorie, un modèle accessible à tous, celui des gens simples, sachant maintenir leur humanité. Ceux que j’ai rencontrés ne réclament rien, ils ne sont pas médaillés, ce ne sont pas des héros. Ils ont fait cela « parce que ». C’est une réponse extraordinaire.

À votre avis, quelles ont été les motivations de ces Justes ? Il y a pour moi trois catégories parmi les Justes. Les croyants, ceux qui prennent les Écritures au pied de la lettre. Des persécutés ont frappé à leur porte et ils ont ouvert. Il y a ensuite les résistants qui se sont opposés au pouvoir inique d’Hitler. Il aurait décidé de s’attaquer aux rouquins, ils auraient fait pareil. Enfin, les plus émouvants, ceux qui ne savent pas pourquoi. Ils ont intériorisé la Loi : tu ne tueras point. Ils n’ont pas eu le temps de réfléchir, forts d’une pulsion de vie. Ces gens existent partout, cela donne de l’espoir.

Combien de temps a pris la réalisation du film ? Deux ans, entre la recherche des témoins et la sortie. Les survivants de la Shoah nous ont donné des adresses, nous avons retrouvé deux centaines de ces Justes, des gens admirables. À trois, nous sommes d’abord allés à leur rencontre, avec une caméra vidéo 8. L’écriture du scénario s’est faite comme celle d’un vrai film à suspense. Ensuite, nous sommes repartis avec une vraie équipe de cinéma. Le montage a été difficile car il fallait maintenir le suspense, l’émotion. Nous avons dû couper beaucoup de témoignages, certains parce qu’ils étaient moins photogéniques, d’autres moins expressifs. On les retrouve dans le livre [La Force du bien, NDLR].

Le film se situe du point de vue de la morale plus que de l’Histoire. Pourquoi ? C’est à ma connaissance le premier film sur le bien. Au nom de quoi juge-t-on l’Histoire ? Pas seulement en fonction des lois que l’on a transgressées mais parce que l’on a une idée de l’humanité. Des documentaires historiques, il y en a beaucoup d’excellents. Je me suis placé à la limite du documentaire et de la fiction, sauf que les personnages sont vrais. Un pas de plus, c’est Spielberg et sa Liste de Schindler. J’ai commencé avant lui et il a terminé avant moi. Il a eu plus de moyens…

Dans votre film, il n’y a pas un mot sur Schindler et Wallenberg n’est cité qu’au détour d’une phrase… Schindler fut un homme extraordinaire, mais je ne le considère pas comme un Juste. C’est un personnage de western. Un salopard exploite un village mais, prenant pitié, il se retourne contre les méchants et devient shérif.

Mais êtes-vous sûr que tous les Justes que vous avez rencontrés n’ont pas suivi la même évolution ? Oui, car tous les interviewés ont fait l’objet d’une enquête de notre part. Aucun n’a collaboré avec les nazis.

Et vous, qu’auriez-vous fait ? Moi, j’aurais eu peur.

Comment a été reçu votre film à l’étranger ? La télévision polonaise l’a diffusé. Cela a provoqué des remous : pour la première fois, on parlait des Polonais de l’époque comme de gens généreux.

Les séquences tournées à Treblinka font penser à celles que l’on voit dans « Shoah », même si elles ne disent pas tout à fait la même chose… Quand nous sommes arrivés à Treblinka, dans la neige et le froid, il y avait un groupe de paysans. Je dis à mon équipe : sont-ils vraiment tous antisémites ? Je me suis approché de l’un d’eux : avez-vous fait quelque chose pour des juifs ? La réponse est dans le film, il s’est presque mis en colère en m’expliquant que son père et son frère étaient morts pour cette raison. L’humanité n’est pas un bloc. En vérité, quand nous allons chercher des éléments pour un livre ou pour un film, nous cherchons à prouver nos théories. Il n’existe pas de documents objectifs à 100 %. Pour en savoir plus HALTER Marek, La Force du bien, Pocket, 1999.

Michel Doussot (Téléscope, n° 144, 30 novembre 1996) Télédoc CNDP


Programme 2008-2009 : dernières nouvelles

12 mars 2008

La réflexion de Mémoire 2000 sur son programme de séances mensuelles continue. Voici le dernier état du programme :
>16 octobre : Anti-sémitisme/11 septembre – Les Protocoles de la rumeur
>Novembre : Les Harki – La Trahison
>27 janvier 2009 : La Shoah – La Petite prairie aux bouleaux
>Février : L’Afrique du sud – Au nom de la liberté
>5 mars : Aborigènes d’Australie/Enfants volés – Les Chemins de la liberté
>2 avril : Immigration – It’s a free world
>5 mai : Résistance – L’Affiche rouge
>4 juin : Séance écoles primaires – Joue la comme Beckham


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