Le récit de Nouredine, passé à tabac à Guyancourt

9 août 2008

Vu dans Libération :

Le récit de Nouredine, passé à tabac à Guyancourt
ELISE BRISSAUD et MOUNIR SOUSSI
QUOTIDIEN : vendredi 8 août 2008
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Tabassé parce qu’il est musulman ? Nouredine Rachedi en est persuadé. Maigre dans sa chemise bleue, encore marqué, mais jamais véhément, il raconte comment il s’est retrouvé avec vingt et un jours d’interruption temporaire de travail.

Dans la nuit du 24 au 25 juillet, alors qu’il rentre chez lui, ce statisticien de 30 ans est violemment agressé par deux hommes dans le parc des Sources de la Bièvre, à Guyancourt (Yvelines). Il est 0 h 45 quand le premier, un blond en baskets, s’approche pour lui demander une cigarette. Nouredine Rachedi refuse poliment. L’homme lui demande s’il est musulman. Nouredine répond «oui». Il se souvient du ton «sec» et «méprisant» de ses interlocuteurs. Il sent que la conversation dérape.

Yougoslavie. L’autre veut savoir s’il est Français et depuis combien de temps il vit en France. «Depuis toujours», lui répond Nouredine, inquiet. «Je leur demande : “Pourquoi vous voulez savoir ça ?” Et là le deuxième, de look gothique, balance : “Parce que nous sommes des nazis.”» Puis, le premier lui demande : «Qu’est-ce que tu penses de la situation en Yougoslavie ?» C’était quelques jours à peine après l’arrestation, à Belgrade, du criminel de guerre Radovan Karadzic, notamment accusé du massacre de 8 000 musulmans à Srebrenica.

«Je ne pensais même pas à fuir, explique Nouredine aujourd’hui. J’essayais d’entrer dans une logique de dialogue.» Il n’aura pas le temps d’argumenter. Deux coups à la tête et au ventre le font tomber au sol et, pendant une trentaine de secondes, ses agresseurs se déchaînent sur lui. «Je me suis mis en position fœtale et j’ai encaissé. Puis j’ai entendu l’un d’eux dire :”Allez, c’est bon, on se casse.”»

Plusieurs hématomes, deux plaies sur le crâne, un pneumothorax (un décollement du poumon), plusieurs lésions aux côtes seront constatés par le médecin de l’institut médical légal de Versailles. Le jour même, Nouredine dépose plainte au commissariat de Guyancourt. Le procès-verbal des policiers retient «des violences volontaires aggravées (en réunion)». Rien sur le caractère raciste de l’agression. Blessé, Nouredine n’a pas forcément l’intention d’aller plus loin.

Gommé. Mais, après plusieurs jours de récupération, son entourage s’étonne que l’aspect raciste ait été gommé. Egalement soutenu par les Indigènes de la République, un mouvement qui dénonce le racisme postcolonial, Nouredine se décide. Il n’en restera pas là. Il insiste auprès de la police pour que l’agression soit requalifiée. D’autant que le racisme est une circonstance aggravante, dans ce type de violence. Et que ses deux agresseurs, regrette-t-il, ont été «encouragés et libérés par un contexte général de revalorisation de l’islamophobie». «J’ai pris mon temps avant de me lancer, car il faut toujours faire très attention dans ce genre d’affaire, ça peut déraper très vite.» Mais il souhaite que son cas serve d’exemple : «Il faut rompre avec ce sentiment de justice à deux vitesses et montrer que, si un citoyen français de confession musulmane est maltraité, alors c’est l’affaire de tous, au même titre qu’un juif ou un catholique.» Nouredine reprendra le travail le 18 août. Le parquet de Versailles décidera prochainement de la qualification de l’agression.


Génocide: le Rwanda accuse la France

5 août 2008

Vu sur France 24:
FRANCE – RWANDA
Le Rwanda met Paris en cause dans le génocide de 1994

Mardi 05 août 2008
La justice rwandaise accuse plusieurs hauts responsables français d’avoir “participé à la mise en exécution” du génocide de 1994. Des accusations réitérées à l’antenne de France24 par le ministre de l’information rwandais Louise Mushikiwabo.

Le Rwanda a officiellement mis en cause mardi de hauts responsables français dans le génocide de 1994 et demandé à ce qu’ils soient traduits en justice.

Dans son rapport, la commission d’enquête rwandaise cite notamment l’ancien président François Mitterrand et l’ex-Premier ministre Dominique de Villepin.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères n’a pas souhaité faire de commentaire dans l’immédiat. “Nous n’avons pas reçu le document donc nous ne pouvons pas réagir”, a-t-on déclaré au Quai d’Orsay.

Kigali avait précédemment accusé la France de taire son implication dans la formation de soldats et de milices responsables du génocide du printemps 1994 qui fit quelque 800 000 morts – essentiellement des Tutsis et des Hutus modérés – et d’avoir soutenu des responsables hutus ayant orchestré les massacres.

La France dément toute implication dans le génocide et souligne que des forces françaises ont assuré à l’époque la protection de la population dans le cadre d’une opération soutenue par les Nations unies.

Ces nouvelles accusations font suite à la publication, mardi, du rapport d’une commission rwandaise indépendante chargée d’enquêter sur le rôle présumé de la France dans le génocide.

Liste des 33 responsables français mis en cause

“Le soutien français était de nature politique, militaire, diplomatique et logistique”, peut-on lire dans le rapport. “Compte tenu de la gravité des faits avancés, le gouvernement rwandais demande aux autorités compétentes d’entreprendre toutes les actions nécessaires afin que les dirigeants politiques et militaires français mis en cause répondent de leurs actes devant la justice”.

En annexe du rapport figure une liste de 33 responsables militaires et politiques français, parmi lesquels Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, Edouard Balladur, Premier ministre de l’époque, ou encore Hubert Védrine, qui occupait la fonction de conseiller à la présidence de la République.

En novembre 2006, le Rwanda avait rompu ses relations diplomatiques avec Paris à la suite de la décision du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière de demander la comparution du président Paul Kagame dans l’enquête sur l’assassinat de son prédécesseur, le Hutu Juvénal Habyarimana, juste avant le déclenchement du génocide début avril.

La destruction le 6 avril 1994 par un missile du “Falcon” transportant le président Habyarimana est considérée comme l’élément déclencheur du génocide.

Les relations entre Paris et Kigali avaient cependant connu une amélioration ces derniers mois.


Leçons universelles du judéocide

5 août 2008

Vu dans Le Monde diplomatique:
Leçons universelles du judéocide

En février, la décision du président Nicolas Sarkozy de « confier la mémoire » d’un enfant juif mort en déportation à chaque élève de CM2 a provoqué une levée de boucliers — y compris parmi les Juifs. Les uns invoquaient la trop grande jeunesse des écoliers concernés ; d’autres questionnaient la priorité donnée à l’émotion sur la réflexion.

Mais le « comment transmettre ? » est inséparable du « que transmettre ? ». Spécialiste de l’histoire européenne, professeur à l’université de New York, Tony Judt a le mérite d’aller au cœur du débat : unicité ou universalité ? Le génocide nazi, répétons-le, n’a pas de précédent, parce que — comme l’écrivait l’historien Eberhard Jäckel — « jamais encore auparavant un Etat n’avait décidé et annoncé, sous l’autorité de son responsable suprême, qu’un certain groupe humain devrait être exterminé, si possible dans sa totalité (…), décision que cet Etat a, ensuite, appliquée avec tous les moyens à sa disposition ». Il ne s’inscrit pas moins dans la chaîne des génocides qui jalonnent l’histoire, et dont il constitue le paradigme.

Cette démarche éclaire le judéocide. Elle conduit, par exemple, à ne pas couper l’antisémitisme des hitlériens de leur anticommunisme : tous deux fusionnèrent dans la « croisade contre le judéo-bolchevisme ». Si les nazis entendaient exterminer les Juifs jusqu’au dernier, ils s’en prirent à d’autres : malades mentaux, Tziganes, cadres polonais, militaires et civils soviétiques… La colonisation par l’Allemagne de son « espace vital » en Europe de l’Est appelait l’éradication des « sous-hommes ».

Principales victimes de la Shoah, les Juifs en cultivent — légitimement — leur propre mémoire. Mais le judéocide ne concerne pas qu’eux : l’humanité tout entière, en s’en saisissant, transformera les millions de victimes des nazis en un rempart contre la répétition de l’horreur.

« Plus jamais ça », répète-t-on depuis, mais la planète demeure ensanglantée par des génocides — Cambodge, Rwanda — et des massacres — Bosnie, Tchétchénie, Palestine, Darfour… Tirer aussi les leçons universelles du crime hitlérien, c’est d’abord s’efforcer de mieux comprendre les facteurs du basculement dans la sauvagerie. L’omniprésence de la Shoah érigée en mal unique alimente en outre la concurrence des victimes. A l’inverse, l’analyse du judéocide au service du décryptage de tous les processus génocidaires incite à leur convergence.

Ce qu’écrit Judt, enfin, de l’antisémitisme concerne directement la France. Au début des années 2000, ce pays a connu une flambée raciste. Pouvoir et médias se sont indignés des violences antijuives, moins de celles visant Arabes et musulmans. Or hiérarchiser les racismes, c’est en faire le lit. Un symbole : en février 2006, la République, jusqu’au plus haut niveau, s’est mobilisée pour un adolescent juif, Ilan Halimi, torturé et assassiné ; mais elle s’est tue, trois semaines plus tard, lorsqu’un quadragénaire d’origine algérienne est tombé, à Oullins, sous les balles d’un raciste. Qui, d’ailleurs, a retenu son nom ? Il s’appelait Chaib Zehaf…


Kadialy régularisé !

2 août 2008

Vous vous souvenez certainement de Kadialy, le jeune sénégalais sans papiers arrêté au départ de notre visite à Ouradour (voir ici). Bonne nouvelle, il vient d’obtenir sa régularisation. Félicitations, et merci à RESF qui a mené cette bataille.


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