Notre Journal de juillet 2010: Encore les caricatures

30 août 2010

Dans les pays scandinaves, les caricatures de Mahomet — parues d’abord dans le journal danois Jyllandsposten — sont encore d’une actualité brûlante.

Le 15 mai dernier, quelqu’un jeta une bombe incendiaire dans la maison de Lars Vilks, caricaturiste suédois, ayant récemment dessiné Mahomet sous les traits d’un chien. Quelques jours auparavant, il fut attaqué alors qu’il faisait une conférence dans une université. “Je suppose que je ne peux plus habiter chez moi”, écrivit-il sur son blog.

Au Danemark, son collègue Kurt Westergaard déclara récemment qu’il abandonnait les caricatures. Westergaard avait dessiné l’une des caricatures de Mahomet (avec une bombe dans son turban) parues dans Jyllandsposten, qui déclencha l’ire mondiale en 2005. Le soir du nouvel an cette année, Westergaard fut la cible d’une attaque à la hache à son domicile, en présence d’un de ses petits-enfants, et dut son salut au fait que la police avait sécurisé sa salle de bains contre les attaques terroristes.

En Norvège, le journal Dagbladet choisit la provocation en publiant le 3 février, une nouvelle caricature représentant Mahomet sous les traits d’un cochon, les pattes posées sur le Coran. Quelques jours après, une violente manifestation eut lieu dans les rues d’Oslo. “Nous sommes musulmans, pas terroristes” ou “Stop au dénigrement des musulmans”, disaient les jeunes manifestants, avant de lancer des pierres sur la police et de brûler des cocktails Molotov. Ce fut la première fois depuis des années qu’une manifestation aussi violente eut lieu à Oslo. A la suite, des rencontres “de dialogue” furent organisées entre les jeunes manifestants, la police et les représentants de la ville d’Oslo ce qui calma les esprits.

Dans les pays scandinaves, la liberté d’expression est totale. Il n’y a aucune loi ressemblant à la loi Gayssot, et on peut proférer des propos racistes, antisémites ou anti-islamiques sans risquer une condamnation. L’affaire des caricatures de Mahomet et surtout les réactions dans le monde entier ont cependant fait réfléchir. Mais seul le grand journal danois Politiken a conclu un accord avec des islamistes, pour éviter d’être la cible d’attaques éventuelles. Tous les autres médias ont condamné cet accord.

Lorsque le quotidien norvégien Aftenposten décida de publier les caricatures déjà parues dans Jyllandsposten, après l’attaque contre M. Westergaard, il y eut des nouvelles réactions hostiles, notamment au Pakistan. La diplomatie norvégienne sembla gênée, et selon des médias pakistanais, l’ambassadeur norvégien s’est excusé, promettant une loi plus restrictive. Cela semble peu probable, une fois les esprits apaisés.

Les pays scandinaves tiennent à la totale liberté d’expression comme à la prunelle de leurs yeux. Cependant, la Norvège mit quelques freins en 2004, notamment contre le racisme, qui peut désormais faire l’objet de poursuites judiciaires. D’autre part, le blasphème n’est pas toléré, et plusieurs écrivains furent condamnés pour cette raison, jusqu’au début du XXème siècle. Après les publications des dessins de Mohamet en 2005, certaines associations tentèrent de faire condamner Jyllandsposten pour blasphème, sans y parvenir.

Cela reste néanmoins un sujet sensible, et beaucoup souhaitent soit l’annulation, soit un changement radical de ce paragraphe de la loi.

Vibeke Knoop


Notre Journal de juillet 2010: Un siècle au milieu des tombes

30 août 2010

Une tombe au creux des nuages

Essais sur l’Europe d’hier et d’aujourd’hui

Georges Semprun (Climats)

Une vie comme un roman, traversée par les passions du siècle. Dirigeant du Parti communiste espagnol clandestin, ministre de la Culture vingt ans plus tard dans l’Espagne démocratique, militant de l’Europe aujourd’hui. Des années 40 à la chute du communisme, la réunification allemande et la construction européenne, le livre se présente comme le témoignage d’un intellectuel européen, et comme le “laboratoire intellectuel” de notre avenir commun. Jorge Semprun y rassemble des conférences prononcées en allemand et en Allemagne dans ces vingt dernières années, à Vienne, Weimar, Buchenwald…, comme à Jérusalem et à Paris.

Mon rapport avec l’Allemagne, avec l’histoire et la culture allemande, est ancien, il est complexe, il est multiple et sans doute fécond dans ma trajectoire d’écrivain, dans ma morale et ma formation intellectuelle, écrit-il, se présentant comme une sorte de “schizophrène” bilingue, amoureux des écrivains d’avant le désastre, les Musil, Thomas Mann, Heine…., profitant de ses dernières minutes à Buchenwald pour prendre congé de l’arbre centenaire de Goethe que le “raffinement culturel” des cadres SS avait conservé à l’intérieur du camp “entre le crématoire et le magasin général”. Lorsqu’on lui demande qui il est vraiment, Français ou Espagnol, écrivain ou homme politique, il a envie de répondre ex-déporté de Buchenwald.

La réunification doit permettre à l’Allemagne d’aujourd’hui de devenir un facteur de stabilité en Europe, cette Europe qui n’est rien d’autre que le résultat de longs siècles d’affrontements et de brassages, d’invasions et de résistance, et que deux systèmes totalitaires ont dominé le siècle dernier. On oublie parfois que le camp de Buchenwald a aussi été, à sa libération, un camp de concentration soviétique et que s’y retrouvent dans des fosses communes des milliers de morts, reposant “dans l’interminable inquiétude d’une mort anonyme”. Toutefois, pour structurer “moralement le paysage de la mort violente au XXème siècle”, il faudrait nuancer les comparaisons. Et face à l’Europe démocratique, comment ne pas se méfier aujourd’hui des sociétés à visée totalitaire, qui veulent un homme à leur image, et où tout “déviant” est traité en ennemi? Il est urgent de réévaluer le sens et les objectifs des valeurs de notre siècle. C’est ce que le militant, écrivain, ministre, exprime lorsqu’il préconise le principe d’un “laboratoire intellectuel” de notre avenir commun.

Le titre? Il est emprunté à un poème de Paul Celan. Les poètes savent mieux que personne décrire les catastrophes que produit la barbarie, et les perpétuer dans notre mémoire : alors vous montez en fumée dans les airs / alors vous avez une tombe au creux des nuages / on n’y est pas couché à l’étroit.

Colette Gutman


Notre Journal de juillet 2010 : « Bonnes nouvelles »

30 août 2010

I —L’expression des préjugés racistes, antisémites a tendance à augmenter en France. C’est ce que démontre un dernier sondage de l’Institut BVA.

Les bavures permanentes de nos hommes politiques, Internet, font que les instincts se dévoilent et que l’on n’a pas peur d’exprimer ce genre de sentiments : Bravo, on est bien partis !

II —L’Iran a été refusée à la Commission des droits de l’homme à l’ONU. Mais pour faire bonne figure, la même assemblée a élu au Conseil des droits de l’homme en mai dernier, 14 nouveaux pays parmi lesquels figurent la Lybie, l’Angola, l’Ouganda.

Pays comme chacun sait, exemplaires pour défendre ce que l’on appelle encore les droits humains.

Last but not least, les Nations Unies ont décidé la création d’un prix destiné à récompenser des chercheurs dans le domaine des sciences de la vie. Ce prix est financé par Nguema Mbasojo, président de la Guinée équatoriale. Régime bien connu pour toutes les exactions possibles.

Tout va très bien Madame la Marquise!

Daniel Rachline.


Notre Journal de juillet 2010 : Hammerstein ou l’intransigeance de Hans Magus Enzensberger, Ed. Gallimard.

30 août 2010

Un livre un peu dans la lignée de celui de L. Binet “HHhH” dont nous avons parlé dans notre dernier numéro.

Enzensberger nous dit lui-même: “même en dérapant à l’écart des faits, on peut fort bien parvenir à des vues justes”. Hammerstein, chef d’état major général de la Reichswehr en 1933, choisit de s’opposer à Hitler, un des premiers et presque le seul. Il a jusqu’à sa mort exprimé sa détestation du régime nazi.

C’est son histoire et celle de sa nombreuse famille. Ses 7 enfants seront aussi, d’une façon ou d’une autre, engagés dans la résistance par fidélité à leur père.

Un grand livre instructif et surprenant.

Daniel Rachline


Notre Journal de juillet 2010: La culture sous l’occupation

30 août 2010

Au mois de mai un journal hebdomadaire eut la bonne idée de consacrer une grande enquête sur les événements culturels à partir de juin 1940, et la vie culturelle à cette époque.

Le cinéma, le théâtre, l’édition, les cabarets, les musiciens, les journalistes, les intellectuels…

A de rares exceptions près, tout ce monde a collaboré allègrement soit par conviction, soit par nécessité, soit par peur, soit surtout parce qu’il “fallait” montrer la pérennité de la culture française.

Plusieurs livres ont traité de cette période, en voici quelques titres :

-La vie culturelle sous l’occupation, de Stéphanie Corey (Ed. Perrin).

-L’édition française sous l’occupation, de Pascal Fouché (Ed. Imec).

-Archives de la vie littéraire sous l’occupation, de R. Paxton (Ed. Tallandier).

-L’épuration, de H. Lottman (Ed. Fayard).

-Le siècle des intellectuels, de Michel Winock (Ed. Points).

Afin que nul n’en ignore !

Daniel Rachline


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