Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film « Promesses » par Ketty Harpon, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film a été projeté lors de notre séance du 7 octobre 2010. Le débatteur était David Chemla, Président de « La Paix maintenant ».

“Le thème de ce documentaire est de retracer le quotidien de jeunes enfants qui se trouvent au milieu d’un conflit. Ce conflit est celui qui oppose le peuple de la Palestine à Israël.

Opinion personnelle : Ce document m’a plu plus ou moins, car le thème général était intéressant. Parler d’un conflit à travers de jeunes enfants était bien choisi. J’ai beaucoup aimé voir le quotidien de chacun des enfants, qu’il soit israélien ou palestinien. Ils sont jeunes mais savent bien s’exprimer sur des sujets plutôt graves, comme la mort de leurs proches.

Par contre j’ai trouvé dommage que certains enfants ressentent une telle haine envers un peuple inconnu pour eux. Je pense que cela est du à l’influence de leurs parents et leur entourage.

Le jour de la rencontre entre les deux jumeaux et les enfants faisait penser à un début de paix, le temps d’une journée ils ont échangé, joué ensemble sans aucune peur. A la fin on nous montre que chacun continue à vivre sa vie malgré ce conflit. Finalement je trouve qu’ils ne sont pas si différents de nous, ce sont des adolescents qui mènent une vie normale.”

Ketty Harpon


Journal d’octobre 2011 : compte-rendu de notre séance-débat du film “Promesses” par Laetitia Matendo, élève de terminale du lycée Gustave Eiffel

9 octobre 2011

Le film a été projeté lors de notre séance du 7 octobre 2010. Le débatteur était David Chemla, Président de « La Paix maintenant ».

“Le jeudi 7 octobre, je suis allée voir avec ma classe, le film “Promesses”. C’est un reportage réalisé par un homme d’origine juive, sur les conflits israélo-palestiniens. Pour faire ce reportage, le réalisateur a interviewé des enfants d’origines juive et palestinienne. Lors des interviews, le réalisateur leur posait des questions telles que : “Que pensez-vous de cette guerre? Pourriez-vous être ami avec un juif, un palestinien?” Les enfants avaient tous des points de vue différents.

J’ai apprécié ce reportage car ce sont des enfants qui s’exprimaient, ce qui pour moi était le plus intéressant.

J’ai beaucoup aimé la scène où les enfants palestiniens et israéliens se sont rencontrés, où ils ont pu oublier pour une journée leurs origines. J’ai été très attristée de voir des enfants se faire tuer par des soldats.

Dans ce reportage, j’ai aussi vu qu’il y avait des baraques installées un peu partout sur les routes et que les Juifs pouvaient passer sans problème alors que les Palestiniens non, ce que je trouve très injuste car même s’il y a des conflits, les Juifs et les Palestiniens doivent avoir les mêmes droits.

“Promesses” m’a montré que les enfants ont les mêmes opinions que les adultes même si ce n’est pas exprimé de la même façon.”

Lætitia Matendo


Journal d’Avril 2011 : compte-rendu de la séance du film “La rafle” de Roselyne Bosch

5 avril 2011

LA RAFLE

Séance du 25 Janvier 2011

Thème : la Rafle du Vel d’Hiv

Débattrice : Arlette Reiman-Testyler.

Les arrestations au petit matin dans le quartier juif du Marais, l’enfermement au Vel d’Hiv, le transport dans les wagons “40 hommes 8 chevaux” jusqu’à Beaune-la-Rolande, le départ vers Pitchipoï par convois séparés, d’abord les adultes, plus tard les enfants qu’on avait arrachés à leurs mères, le film La Rafle nous conte ce parcours avec un scénario très fort fait pour laisser une trace profonde dans la mémoire de nos jeunes lycéens.

A l’émotion suscitée par le film a succédé celle du témoignage de notre débattrice, Arlette Testyler, qui a connu tout cela, à l’exception majeure du convoi vers Auschwitz. Elle a survécu; raflée à 9 ans avec sa sœur et sa mère, elle n’a rien oublié. Et maintenant elle s’acharne à en transmettre la Mémoire.

Elle a vécu les journées terribles du Vel d’Hiv : rien n’est exagéré dans le film, dit-elle. Il n’y manque que le bruit incessant des hauts parleurs, le choc des corps des suicidés, l’odeur terrible des latrines.

Quelques mois auparavant, son père répond à une convocation de la police française. Il s’y rend contre l’avis de sa femme. Que risque-t-il? Rien ne peut lui arriver au pays de Voltaire et de Zola. La suite : Pithiviers, Auschwitz, sans retour.

Pour elle, c’est grâce à sa mère qu’elle eut la vie sauve. Une femme remarquable, courageuse et déterminée. Au Vél d’Hiv elle entoure et protège ses filles. Dans le wagon à bestiaux, elle calme tout le monde : “nous ne sommes pas des bêtes, comportons-nous en êtres humains. Pas de bousculade. Que les grands portent les petits pour emmener chacun à tour de rôle prendre une bouffée d’air frais”. Et ainsi il n’y eu pas de morts dans son wagon. A Beaune-la-Rolande, grâce à son énergie et son talent, ayant parfaitement compris que la seule solution était la fuite, elle arrive à se faire envoyer à Paris avec ses filles sous le prétexte fallacieux de récupérer des machines à coudre pour équiper la Wehrmacht de bonnets de fourrure pour le front russe. Avant l’arrivée sur Paris, elles sautent du train en marche. L’aide de Justes dans la France profonde leur permettra d’ être toutes trois en vie à la fin de la guerre, contrairement aux autres “raflés” qui, de Beaune-la-Rolande, ont été expédiés à Auschwitz. Aucun n’en reviendra.

Arlette Testyler et son mari, lui-même rescapé des camps de la mort, viennent de publier leurs Mémoires croisées parues sous le titre “Les Enfants Aussi”. A lire absolument!

Hélène Eisenmann

 


Journal d’Avril 2011 : compte-rendu de la séance du film “Marga” de Ludi Boeken

5 avril 2011

MARGA

Séance du 3 Février 2011

Thème : Les Justes

Débatteur : Ludi Boeken.

“J’ai voulu faire Marga pour montrer qu’il peut exister une once d’humanité au sein de l’enfer” Ludi Boeken.

Film remarquable, débatteur hors du commun, tels ont été les commentaires des professeurs et des élèves qui assistaient à la projection de Marga suivi d’un  débat animé par le réalisateur, Ludi Boeken.

Ce film, merveilleuse adaptation du livre de Marga Spiegel publié en 1965 sous le titre “Retter in der Nacht” (Sauveurs dans la nuit) est un hommage rendu aux familles des fermiers allemands, qui ont eu le courage de cacher pendant toute la guerre leurs compatriotes juifs.

Ce récit authentique, montre que si on voulait, on pouvait. Il jette une terrible culpabilité sur la majorité des Allemands qui est restée silencieuse et passive en laissant faire des crimes abominables.

Pourquoi avoir réalisé ce film fut la première question posée par un élève qui permit à Ludi Boeken, de nous raconter avec beaucoup d’humour, de passion et moult anecdotes truculentes la réalisation du film. Impressionné par le livre que Marga avait écrit sur son histoire pendant la guerre, un producteur allemand lui a demandé s’il accepterait de faire un film car il était impossible de trouver un réalisateur allemand, les jeunes étant encore obnubilés par le passé nazi de leur pays qu’ils voulaient effacer à tout prix. Il fallait donc un regard extérieur. Le film a eu un très grand succès en Allemagne ainsi qu’en Israël.

Pourquoi cette famille juive persécutée est-elle restée dans une Allemagne nazie au lieu de fuir, a demandé un professeur? Menne Spiegel, comme tous les juifs Allemands était extrêmement attaché à l’Allemagne, à sa langue, ses coutumes et sa culture; de plus, en tant qu’ancien combattant de la guerre de 14-18 et décoré de la Croix-de-Fer, il pensait être épargné par la chasse aux juifs. C’est pour toutes ces raisons qu’il refusa de partir en Palestine comme le souhaitait Marga.

Marga et sa fille Karin ont été cachées pendant trois ans chez des fermiers, les Aschoff, tandis que Menne est resté terré dans le grenier d’un autre paysan. L’hostilité, au début, de certains membres de la famille Aschoff, intrigue un élève.

Le débatteur lui explique que lorsque Heinrich Aschoff décide seul et sans en avertir sa famille de cacher au péril de leur vie Marga et Karin, sa femme Anni et sa fille se sont violemment rebellées. Tous les Aschoff étaient de farouches adeptes du nazisme: le fils, soldat de la Wehrmacht, fut tué sur le front russe et la fille était un membre actif et convaincu de la jeunesse hitlérienne. Cependant, au fur et à mesure que le temps a passé et que le sort des juifs devenait de plus en plus dramatique, le comportement d’Anni et de sa fille s’est progressivement modifié jusqu’à devenir tout à fait amical et chaleureux. Cette attitude était d’autant plus louable, qu’à cette époque, à la différence des pays occupés, aucun Allemand ne pensait que la chute de Hitler puisse arriver. Lorsqu’ils cachaient des juifs, c’était donc, dans leur esprit, pour la vie et sans possibilité de retour.

A la question suivante concernant l’attitude étrange de Menne à la libération, Ludi Boeken répond que Menne a été traumatisé par les trois années qu’il a passées caché dans un grenier sans jamais sortir. A sa libération, il fit une grave dépression. Le réalisateur a voulu accentuer cet aspect afin de symboliser, à travers ce personnage, les effets néfastes des traitements subis par toutes les victimes déportées ou non, les otages les prisonniers…  il a insisté sur le traumatisme de toutes ces personnes qui ont perdu leur identité et qui ressentent toujours un sentiment de culpabilité pour avoir survécu alors que tous les autres sont morts.

Quelles ont été les relations de Marga avec les Aschoff et particulièrement avec Anni après la guerre? Marga et Menne sont restés vivre en Allemagne à Ahlen et les Aschoff sont devenus leur vraie famille; il s’est créé des rapports extrêmement forts entre les deux femmes. Karin est partie s’installer aux Etats-Unis où elle a travaillé comme traductrice à l’ONU et a fondé un foyer.

Les noms de tous les membres de la famille Aschoff, ainsi que ceux des autres fermiers allemands qui ont sauvé les Spiegel, sont immortalisés comme “Justes parmi les nations” sur le mur d’honneur du Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem.

Françoise Flieder


Journal d’Avril 2011 : “L’interminable écriture de l’extermination”

5 avril 2011

L’INTERMINABLE ECRITURE DE L’EXTERMINATION, sous la direction d’Alain Finkielkraut, aux éditions Stock

Ce livre est la transcription faite en partant des émissions animées par Alain Finkielkraut pour Répliques sur France-Culture. C’est pour ceux qui n’ont pas écouté ces émissions et pour les autres qui veulent les remémorer.

A. Finkielkraut a interrogé plus d’une vingtaine de personnalités, historiens, philosophes, sociologues, journalistes, professeurs…Parmi eux, D. Mendelsohn, G. Sereny, Ph. Burrin,P. Assouline, H. Rousso, E. Conan, M. Revault d’Allones, Y. Haenel, A. Badiou, etc…

Comment parler de la Shoah une nouvelle fois? Alain Finkielkraut et ses invités essaient d’y répondre.

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2011 : “Les enfants aussi” d’Arlette et Charles Testyler

5 avril 2011

LES ENFANTS AUSSI, d’Arlette et Charles Testyler, avec une préface de Tatiana de Rosnay, aux éditions Delattre

Avoir réussi à faire du récit de leur vie dans les camps, un grand livre d’amour, donne aux souvenirs d’Arlette et Charles Testyler un poids encore plus dramatique.

On n’oubliera pas la recherche par Charles dit Szlamek 15 ans, de son père adoré dans les camps de travail dépendant d’Auschwitz, ni le désespoir de la mère d’Arlette, qui ayant sauté d’un train en France avec ses deux enfants et qui a survécu avec les petites, est morte de chagrin très peu de temps après la guerre en 1946, ne voyant pas revenir son mari.

C’est une chose rare que l’amour, c’est encore plus bouleversant de le trouver à chaque page dans ce récit “pas comme les autres”.

Claudine Hanau

 


Compte-rendu du colloque sur «l’art, la science et l’expert», organisé à la Maison du Barreau le 10 février 2011

6 mars 2011

Le beau, le juste, le vrai

Un grand merci à Maître Bernard Jouanneau d’avoir convié les membres de l’association «Mémoire 2000» à participer au passionnant colloque : « l’art, la science et l’expert », organisé à la Maison du Barreau le 10 février dernier.

L’allégorie de l’esclavage, représentée par la négresse de Carpeaux : «la négresse, avec la corde qui lui attache le dos et lui froisse les seins, lève au ciel la seule chose encore libre : son regard désespéré et accusateur à la fois» disait Théophile Gautier, fut le fil conducteur symbolique de cette journée.

Tout au long de ce colloque, nous avons pris conscience du questionnement du magistrat, de l’avocat, qui s’en remettent, le plus souvent à leur «intime conviction», alors que la rigueur de la science et des techniques modernes implacables, opposent un verdict rédhibitoire.

C’est ainsi que des experts tels Stéphane Théfo d’Interpol, qui lutte contre le trafic illicite des biens culturels, ou Ian Lanson de Scotland Yard, ont exposé toutes les nouvelles techniques d’analyses mises à la disposition des spécialistes : thermoluminescence, microscope à balayage, scanner, faisceau à particules (utilisé par Philippe Walter, directeur de recherche au CNRS). L’intérêt de ces méthodes sophistiquées est qu’elles n’altèrent pas les oeuvres d’art et donnent en quelques minutes l’origine et la date de l’oeuvre, s’opposant aux analyses stylistiques,qui ouvrent parfois le feu du débat judiciaire! Exemple : la sculpture égyptienne de «Sésostis III», achetée 4,6 millions de francs par le Louvre, s’est avérée de facture moderne quelques années plus tard!

Mais, «il n’y a pas de vérité judiciaire absolue qui s’oppose à la vérité scientifique absolue». L’important est d’apprendre à se parler, à partager cette richesse du savoir.

« Savoir que le Savoir peut ne pas savoir, demeure le plus grand Savoir » Tchouang Tseu .

En synthèse, Anne Bouquillon (chercheuse au C2RMF) a justement commenté que «la révélation de l’authenticité passe par les savoirs croisés», ce qui devrait être la notion partagée par tous.

Tout au long de cette journée, on découvrait la difficulté du juge qui est «au carrefour de toutes les tensions de la société» (Marie-Christine Courboulay), celle aussi de l’avocat qui voit, évalue, mais peut se tromper comme tout un chacun (l’oeil ne voit que ce qu’il regarde et il ne regarde que ce qui est déjà dans l’esprit.) Apprendre à voir avec un oeil responsable, apprendre à communiquer, telles ont été les valeurs particulièrement soulignées. L’art est devenu une valeur transcendantale, au-delà de nous même, «l’art porte les valeurs de l’humain», ce qui est rassurant et fondamental.

Joëlle Saunière


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance de “Nuit noire”

26 janvier 2011

NUIT NOIRE

Film d’Alain Tasma

Séance du 9 novembre 2010

Thème : La guerre d’Algérie

Débatteur : Patrick Rotman

 

Où il se vérifie que les absents ont toujours tort : environ 55 lycéens, avaient répondu à notre invitation à voir le splendide film d’Alain Tasma, Nuit Noire, un film qui traîte de la répression sanglante par la police parisienne d’une manifestation pacifique du FLN au cours de la Guerre d’Algérie. Notre remarquable débatteur, Patrick Rotman, scénariste du film, planta le décor : il s’agit d’une fiction, dont tous les personnages ont été inventés, à l’exception du sinistre Maurice Papon, Préfet de Police. Fiction qui s’appuie sur des faits réels, des événements qui se sont vraiment déroulés à Paris: à la suite de plusieurs attentats et meurtres de policiers par le FLN, la police décréta pour tous les Algériens de la capitale un couvre-feu. Ce qui fut mal accepté par le FLN, qui organisa une manifestation pacifique, et c’est l’horrible répression de cette manifestation qui est au cœur du film.

Il faut savoir que le FLN faisait régner en France la terreur parmi les travailleurs algériens, dont il exigeait “l’impôt révolutionnaire”, abattant ceux qui s’y refusaient ou qui ne voulaient pas manifester. Il se considérait comme en guerre avec la France, alors que celle-ci s’y refusait: ce n’est qu’en 1999 que l’on parla officiellement de ce qui avait été la Guerre d’Algérie; jusque-là, on parlait d’“événements”, de “maintien de l’ordre”, voire d’opérations de “pacification”!

Suite à cette “nuit noire”, les réactions en France furent extrêmement minoritaires: quelques rares journaux, un parti politique qui venait de naître, le PSU, mais aucune manifestation de masse. Pourtant, l’OAS multipliait les attentats, dont l’un visa André Malraux, un autre coûta la vue à une gamine de 9 ans. Ce dernier attentat fut suivi, lui, d’une énorme manifestation populaire (4 à 500.000 personnes), qui fut sauvagement réprimée par la police (9 morts au métro Charonne). Aujourd’hui, il est plus que temps d’en parler, et si possible d’en tirer les leçons.

Première question d’une élève: Pourquoi n’y a-t-il eu aucune réaction du gouvernement? Tout simplement parce qu’à l’époque, le pouvoir maîtrisait tout: pas question de mettre ces faits sur la place publique, pas question de désavouer le puissant Monsieur Papon. Quelques rares enquêtes, aboutissant toutes à des non-lieux. Aucune enquête parlementaire. Ne pas oublier qu’il n’existait en 1961 qu’une seule chaîne de télévision: un bref  reportage fit état d’“une vitrine brisée”!! Grande presse muette, le grand étouffoir! Il faudra attendre 20 ans, en 1981, pour qu’un historien en renom, Pierre Vidal-Naquet, consacre un ouvrage à cette tuerie.

Deuxième question : Pourquoi avoir fait un film sur cet événement? P. Rotman dit avoir été très marqué par la guerre d’Algérie. Et puis, il y a tout de même eu, cette nuit-là, 50 morts au moins (fourchette très basse des évaluations) dans les rues de Paris. Le scénariste a donc pour cela interwievé notamment le conseiller du Premier Ministre de l’époque, ainsi que des responsables du FLN, pensant que le cinéma a la capacité de raconter l’Histoire, alors que des “trous noirs” dans l’inconscient des peuples incitent à ne pas regarder cette Histoire en face.

Autre question: Qui était M. Papon? Fidèle et zélé serviteur du Gouvernement de Vichy, il fut à l’époque Secrétaire Général de la Préfecture de Bordeaux, où il se signala en signant des décrets de déportation de milliers de Juifs. A la Libération, il fut “récupéré” par de Gaulle. A ce sujet, P. Rotman  raconte que, tournant un film sur l’année 1944, il eut entre les mains une photo de de Gaulle sur un balcon, avec, en arrière-plan, Papon en personne! Par la suite, ce dernier fut nommé super-préfet dans le Constantinois en 1955/56, et enfin, en 1958, Préfet de Police à Paris, ce qui lui permit de présider à cette ignoble répression d’Algériens.

Question: Qu’est-il advenu des manifestants? Beaucoup ont été parqués au Vél’d’Hiv’ de sinistre mémoire, matraqués, souvent torturés. De cette période, Daniel Rachline et moi, seuls anciens d’Algérie présents, pouvons témoigner.

Question: Pourquoi la France n’a-t-elle pas reconnu ces faits? Parce qu’il s’agit là de faits presque “inavouables”, pour lesquels il n’existe pas de “vérité officielle”. Rappelons que la vérité historique oblige à dire que dans chaque camp (FLN et Armée fançaise), il y eut des  violences, des tortures et des exactions.

Dernière question (d’un enseignant): Comment le film est-il ressenti en Algérie? Il a été assez bien accueilli. Chez les Algériens également, le temps fait son œuvre, et on peut aujourd’hui parler de presque tout, tant il est vrai qu’il faut démythifié, abattre les tabous, et regarder la Vérité en face.

Deux conclusions s’imposent à l’issue de cette séance:

1-C’est tout à l’honneur de notre pays de pouvoir compter sur des historiens-enquêteurs aussi talentueux et aussi courageux que P. Rotman pour traquer impitoyablement la Vérité et nous la restituer de façon aussi fidèle et intègre.

2-Nous à Mémoire 2000, qui nous sommes fixés pour but d’éveiller les consciences de nos lycéens, avons aujourd’hui gagné notre pari.

Guy Zerhat

 

 


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance de “Liberté” de Tony Gatlif

25 janvier 2011

LIBERTE

Film de Tony Gatlif

Séance du 30 novembre 2010

Thème : les Roms

Débatteur : Denis Peschanski

Compte tenu de l’actualité de cet été concernant les Roms et de l’émotion qu’elle a suscitée, Mémoire 2000 a décidé de rajouter à son programme un film et un débat sur cette communauté.

L’histoire se déroule en France, sous l’occupation en 1943, après la décision d’octobre 1940 d’internement des Tziganes. Il montre les rapports des Roms, français, roumains, ou autres vivant avec la nature, jouant de la musique et souhaitant la liberté.

Puis nous assistons à leur enfermement dans des camps, par les Autorités françaises sur ordre des Allemands.

Deux personnes, le Maire, et l’institutrice Mlle Lundi, parviennent à les en faire sortir, mais cette famille est finalement rattrapée et déportée, les autorités ayant la tâche simplifiée par le carnet anthrométrique que les Roms avaient l’obligation de posséder.

La première question posée par les élèves porte sur leur étonnement de voir les autorités françaises obéir aveuglément aux Allemands. Le débatteur insiste sur la culture de l’époque : obéissance absolue à l’autorité représentée, et même parfois désir de faire du zèle.

Un autre élève lance : “Ils volent dans le métro”. Le débatteur répond : Oui, certains, comme certains blancs, noirs ou jaunes, mais toute la population n’est pas voleuse. Les voleurs doivent être punis, mais tous les Roms ne doivent pas être montrés du doigt.

Une autre question : pourquoi ceux qui sont Roumains ne restent-ils pas en Roumanie? D.Peschanski précise qu’ ils sont nomades,qu’ ils n’ont pas de pays,qu’ ils viennent d’Inde, d’Egypte, d’Espagne (les Gitans), et que d’autre part en Roumanie ils ont des conditions de vie atroces ils ne sont ni scolarisés, ni soignés.

A ce jour en France il n’y a plus de carnet anthropométrique, mais un livret de circulation et une obligation, non respectée, de créer des aires d’accueil pour les recevoir.

Notre débatteur insiste alors sur les expulsions de cet été qui ont eu lieu pour rassurer, alors qu’elles sont totalement inutiles. Les Roms sont européens, ils reviennent quand ils le veulent et les deux tiers des expulsés sont déjà revenus. Ces décisions d’expulsion sont en outre néfastes : un peuple ne peut que s’enrichir de la diversité.  D. Peschanski ajoute que tous les régimes d’oppression ont commencé à exclure leurs minorités et souvent à les expulser.

En conclusion notre débatteur insiste sur la responsabilité de l’Europe et le rôle qu’elle devrait jouer pour qu’enfin la question de l’amélioration du sort des populations Roms soit résolue.

Nicole Feugier


Journal de Janvier 2011 : compte-rendu de la séance du film Welcome de Philippe Lioret

25 janvier 2011

WELCOME

Film de Philippe Lioret

Séance du 7 décembre 2010

Thème : Les sans papiers

Débattrice : Sylvie Copyans de l’association Salam (Nord-Pas de Calais)

Quand le film projeté capte l’intérêt des jeunes spectateurs, et par le biais d’une fiction réussie les fait entrer dans la réalité, quand ensuite le débatteur grâce à son expérience personnelle, leur montre    ce qui se passe réellement, alors notre pari est sans doute gagné! Réjouissons nous donc que les 150 élèves présents lors de la séance consacrée au beau film de Philippe Lioret ont bénéficié d’une information exceptionnelle sur une situation grave, celle des migrants et tout particulièrement ceux qui attendent dans les pires conditions matérielles le“miracle” anglais…

Notre débattrice a suivi de près la réalisation du film et a pu donner des détails concrets sur le tournage : recherche difficile de l’acteur qui incarne le héros, Bilal, présence de l’équipe du film sur les lieux d’accueil et de distribution de nourriture. Le film a été présenté dans différents pays par les membres de l’Association Salam et a pu ainsi sensibiliser de nombreux publics à ce qui se passe là-bas.

Au début du débat, ce fut une pluie de questions surtout posées par les jeunes des CM2, montrant leur intérêt au sort de Bilal, joueur de foot kurde devenu nageur pour rejoindre sa fiancée à Londres. Comment est-il mort? Pourquoi a t-on mis son corps dans un sac en plastique? Pourquoi choisissent-ils tous l’ Angleterre?

Les enseignants des plus grandes classes s’impatientant un peu, on a vite donné la parole à leurs élèves. Mme Copyans a pu décrire la vie de ces hommes (peu de femmes, et d’ enfants…), qui sont régulièrement contrôlés, arrêtés et parfois même “raflés” par la police. Nous nous trouvons devant un problème politique majeur qui concerne toute l’Europe.

— Quel but poursuivez-vous dans votre Association? demande un élève de 3ème. Nous essayons qu’obtenir que l’on arrête de les maltraiter, que l’on crée des structures d’accueil, que l’on les aide à obtenir des papiers. Mais ce n’est pas facile et le flot des arrivants est continu. De plus nous subissons des difficultés avec les lois qui interdisent d’aider ces migrants et avons eu plusieurs procès qui ont couté très cher!

Notre débattrice tient à ajouter une note plus joyeuse à ce qui est un véritable drame. Elle tient à dire combien elle apprécie de partager leurs joies, leurs coutumes, leurs fêtes. “Nous avons tant gagné à les connaître!” ajoute-t-elle.

Et pour clore le débat elle interpelle nos élèves : “ces jeunes qui viennent là ne sont pas comme vous : ils n’ont souvent pas eu d’enfance, ils n’ont pas pu aller au lycée, ils doivent souvent travailler dur, et souvent tard dans la nuit!”.

En quittant la salle les professeurs nous ont dit combien ils avaient été intéressés par le thème et la façon dont il avait été traité : ils nous ont assurés qu’ils allaient continuer la discussion et faire travailler leurs élèves sur ce sujet.

Que demander de plus ?

Claudine Hanau


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