L’éditorial du Journal d’Avril 2012 : Vertus et dangers du verbe

18 avril 2012

Les écoles, comme les cimetières, les synagogues, les églises et les mosquées devraient être à l’abri des attentats, des violences et des agressions, et pourtant elles en sont la cible privilégiée, comme celles et ceux qui les fréquentent. Quel que soit leur âge, mais d’abord, à raison de leur origine, ou de leur condition.

Maintenant, les casernes, les supermarchés, les stations de métro, les aéroports et les lieux de travail. Demain les banques, les hôpitaux et les maternités, les maisons de retraite et les boîtes de nuit, les Palais de justice et les casinos? La différence, qui malgré tout subsiste, tient aux buts poursuivis selon qu’ils visent une communauté particulière ou l’humanité tout entière.

La réaction des politiques en présence de cette recrudescence consiste indifféremment à renforcer les mesures de sécurité et de surveillance des lieux publics, ce qui entraîne inéluctablement une restriction des libertés publiques. Certains s’en prennent de front aux immigrés, et plus particulièrement aux Musulmans. Au-delà des victimes envers lesquelles va notre compassion immédiate, c’est aussi l’humanité qui est atteinte par le fanatisme, la violence et le terrorisme que les lois, ni les gouvernants, ni les juges, ni les politiques, ne parviennent à éradiquer.

Mais qu’y-a-t-il à en dire, s’il faut en parler ? Faut-il au contraire plutôt se taire? Eviter les commentaires, et les imprécations ? Les candidats aux élections sont, comme les autres, confrontés à cette question. Nul n’attend d’eux de promesses ni de miracles, ni même qu’ils se taisent, mais qu’ils fassent attention aux mots qu’ils emploient pour ne pas exploiter à leur profit l’émotion ressentie par le plus grand nombre. La liberté d’expression, et la nécessité d’expurger l’émotion ressentie, doivent laisser place à la parole publique. Mais l’amalgame entre le ressentiment suscité par l’évènement, et le besoin de sécurité de chacun comporte des dangers. Qu’ils aient d’abord le souci de la démocratie et du respect de l’état de droit. Ils ou elles ne peuvent avoir sur le sujet de programmes. Ceux qu’ils pourraient proposer pour renforcer la sécurité ne feront pas disparaître le danger. Alors c’est aux citoyens que revient la charge de faire face et d’opposer à ce radicalisme, quels qu’en soient l’origine et le but, le refus de toute violence. On s’interroge même si, pour peu qu’on en ait des images, il fallait, ou, il faudrait, les montrer… Il semble que jusqu’alors, les détenteurs de ces images s’y soient refusés…. Jusqu’à quand ?

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Journal d’Avril 2012: compte-rendu de la séance du 26 Janvier 2012 du film “N’oubliez pas que cela fut”

18 avril 2012

Cinq classes de 2de, 3e et CAP venues de tous les horizons – environ 140 élèves -ont suivi la projection de ce film bouleversant où de jeunes juifs venus de France visitent et se font expliquer Auschwitz.

Certains de nos élèves, dont les familles ont tendance à assimiler juifs de France et Israéliens, étaient prêts à chahuter et à ricaner, mais la force des images, en particulier celles de petits enfants affamés, décharnés, au regard de vieillards, les a plongés dans un silence attentif et ému.

Ensuite notre témoin, Elie Buzyn, eut la force de répondre aux questions, même aux plus intimes, posées par les élèves. Et pourtant, quelle jeunesse fut la sienne: dès l’invasion de la Pologne en 1939, toute sa famille est transférée avec la plus grande brutalité dans le ghetto de Lodz. Lui a 10 ans. Devant ses yeux et ceux de ses parents, son frère de 22 ans et deux autres jeunes sont fusillés “pour l’exemple”. Son père n’avait pas vu le danger, confiant qu’il était en ces Allemands si cultivés, si raffinés. Il n’avait pas voulu quitter son pays où il se sentait si bien intégré. Dès l’âge de 11 ans et pendant 4 longues années, le jeune Elie est astreint au travail dans un camp aux conditions extrêmement dures.

1944: tous les survivants du ghetto sont transférés à Auschwitz dans des wagons à bestiaux surchargés. Dès l’arrivée, ses parents  et ses soeurs  sont sélectionnés à droite, lui à gauche, grâce au conseil d’un déporté qui lui souffle de dire qu’il a 18 ans. Sa résistance à un coup de poing dans le thorax a convaincu le “sélectionneur” qu’il avait bien les 18 ans avoués, lui qui n’en avait que quinze.

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Journal d’Avril 2012 : compte-rendu de notre séance du 16 février 2012 sur le film “Lucie Aubrac”

18 avril 2012

Lucie et Raymond Aubrac

Obligés “au pied levé” de remplacer le film Blanche et Marie qui avait été choisi pour illustrer le thème “les femmes dans la Résistance”, la pellicule étant défectueuse, nous avons projeté le beau film de Claude Berri consacré à Lucie Aubrac.

En préambule, nous avons Françoise Flieder et moi, désignées comme animatrices de la séance, donné quelques explications sur le rôle des femmes dans les mouvements de résistance.

Il faut reconnaître qu’elles ne représentaient que 10 à 20% des effectifs luttant en France contre l’ennemi. Pourquoi ce nombre relativement faible qui pourrait étonner les élèves d’aujourd’hui ? Le rôle de la femme à cette époque était très différent de celui qu’elles jouent de nos jours.

Elles étaient peu nombreuses, certes, mais très actives. Combien d’entre elles ont transporté des courriers compromettants, des tracts, parfois des armes, souvent à bicyclette et combien d’entre elles ont été arrêtées, torturées, assassinées ou déportées.

C’est d’ailleurs une des premières questions posées par les élèves : “qui étaient ces femmes de l’ombre ?”

Parmi les autres questions, on relève : “qu’est devenu Barbie après la guerre ?”, “comment Lucie Aubrac a-t-elle pu pénétrer par deux fois dans les locaux de la Gestapo et y rencontrer certains de ses chefs”, “que sont devenus les résistants qui avaient aidé Lucie à libérer son mari?”, et aussi une question posée par un professeur, “comment se fait-il que René Hardy n’ait pas été condamné à l’issue des deux procès qui lui ont été intentés après la guerre ?”, un autre élève pose une dernière question : “comment pouvait-on reconnaître les juifs parmi ceux qui étaient arrêtés ?”…

J’espère qu’ils retiendront de ce film le courage incarné par l’une des héroïnes de la Résistance, qui n’a pas cessé ensuite de témoigner auprès de centaines de jeunes lycéens et collégiens.

Mais il n’y avait pas que des héroïnes…Il y avait aussi ces femmes de l’ombre, à l’instar de ce professeur d’anglais qui devant les yeux ébahis des élèves de 6ème(j’en étais…), lors du premier cours de l’année, voulant leur montrer comment on écrit la lettre W dans cette langue, a pris sa craie et a écrit “Winston” sur le tableau noir.  J’ai appris bien plus tard qu’elle et sa sœur étaient mortes en déportation pour faits de résistance…

C’était à Lyon en 1942…

Claudine Hanau

 

 


Journal d’Avril 2012: compte-rendu de la séance du 15 mars 2012 “L’honneur d’un capitaine” de Pierre Schoendoerffer

18 avril 2012

Un hommage à

Pierre Schoendoerffer (1928-2012), romancier et réalisateur français

, mort à l’âge de 83 ans, la veille du jour de notre projection : L’honneur d’un capitaine, c’est ainsi qu’a commencé cette séance jeudi 15 mars 2012. Un film chargé d’émotion surtout pour nos témoins qui se sont retrouvés plongés 50 ans en arrière avec  toutes les blessures qu’ils pensaient cicatrisées mais encore intactes.

Emotion également pour les élèves qui avaient du mal à comprendre comment les “appelés du contingent” s’étaient laissés embarquer dans une guerre aussi terrible qu’incompréhensible. Après un bref rappel de la conquête de l’Algérie en 1830 par les français, Guy Zerhat exprime ô combien cette guerre  aurait dû être évitée, il cite Camus “Voyage en Kabylie” : ce peuple crève de faim, ils mangent des racines, si ça continue, ils se révolteront. Ils se sont révoltés en effet!

Elèves et professeurs avaient beaucoup de questions sur la torture :

—Que saviez-vous sur la torture?

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Journal d’Avril 2012: N’oublions pas

18 avril 2012

C’est le 27 mars 1942 que le premier convoi des juifs de France, raflés en août et décembre 1941, partait de Drancy et Compiègne vers Auschwitz. A son bord 1112 hommes. Seuls 19 d’entre eux reviendront de déportation.

Ce premier convoi devait, hélas, inaugurer une longue série de départs vers l’indicible. Ces convois se sont succédés jusqu’en Août 1944.

Mémoire 2000


Journal d’Avril 2012: Auschwitz Tour

18 avril 2012

Signalétique à proximité du camp d'Auschwitz (Pologne)

Visiter Auschwitz est un acte responsable, voire militant au sens où il peut signifier que l’on souhaite voir pour savoir, comprendre, ne pas oublier et, au delà, transmettre. Le rôle et la visée pédagogique d’une telle visite devraient être essentiels.

Seulement, depuis de nombreuses années, ce n’est plus le cas. Auschwitz est devenu une destination touristique extrêmement bien exploitée : “on fait” Auschwitz, comme “on fait” les pyramides ou l’Acropole…Le camp d’Auschwitz sert de “produit” d’appel pour vendre d’autres destinations: on commence par une visite du camp (caution morale) et on finit par une visite de Cracovie ou d’ailleurs…

Plus d’1, 3 million de visiteurs l’année dernière : on s’y bouscule, on y prend des photos souvenirs, les affaires y sont florissantes et les “produits dérivés” partent comme des petits pains. Auschwitz est devenue une entreprise créatrice d’emplois. Est-ce bien là sa vocation ? Comment dans ces conditions respecter ce lieu où tant de personnes ont péri de façon ignoble ? Comment se recueillir ? Comment apprendre ?

Cette marchandisation d’Auschwitz est odieuse et l’on ne peut s’empêcher de penser que l’on tue une seconde fois ces millions de victimes en exploitant leur mort. C’est un outrage supplémentaire fait à leur mémoire.

Faut-il comme le suggère A. Finkielkraut, “ne plus s’y rendre” ? Pour ma part je dirais : oui. Ou du moins de façon sélective. De nombreux ouvrages, travaux d’historiens, documents et films peuvent efficacement instruire sur Auschwitz.

Il est urgent de re-sacraliser ce lieu.

Lison Benzaquen

 

P.S. Alors que le nombre des visites à Auschwitz ne cesse d’augmenter, paradoxalement,selon un sondage :

—21% des jeunes Allemands ignorent qu’Auschwitz fut un camp d’extermination.

—31% ne savent pas que le camp est situé en Pologne

—41% souhaitent pouvoir tirer un trait sur le passé

—1/5 de la population témoigne d’une hostilité “latente” à l’égard des juifs.

Ces chiffres autorisent à s’interroger sur la pertinence de ces visites si elles s’apparentent à une journée à la foire du trône…


Journal d’Avril 2012 : Hongrie, la situation continue à se détériorer

18 avril 2012

Députés européens manifestant en janvier 2012 contre la nouvelle loi hongroise menaçant la liberté de la presse

Rappelons que Viktor Orban et son gouvernement bénéficient du soutien des 2/3 des députés et que la situation économique est très dégradée. Le gouvernement hongrois sollicite pour juin 2012 un second prêt de 15 à 20 milliards d’euros de l’Union Européenne et du FMI pour éviter la banqueroute.

Dans ce contexte, le gouvernement mène une politique économique et sociale “souverainiste” paradoxale, si l’on songe à la dépendance financière de la Hongrie par rapport au reste du monde. Impôt spécifique pour les grands groupes étrangers, impôt unique sur le revenu de 16% qui réduit ses rentrées fiscales. La diminution des allocations aux plus démunis fait progresser la grande pauvreté. Et les bénéficiaires d’allocations sociales sont contraints d’accepter des travaux humiliants sous peine de ne plus recevoir d’allocations. Près de 400 000 personnes, en grande majorité des roms, sont soumises à ce régime de travail obligatoire. Sur le plan institutionel et politique, l’adoption d’ une nouvelle Constitution, entrée en vigueur au 1er janvier 2012, fait référence à Dieu et au christianisme comme garants de l’unité spirituelle de la nation, pomeut la famille traditionnelle, remet en cause l’avortement, restreint les droits des minorités…. Sur le plan culturel, les institutions publiques exaltent le catholicisme et la grandeur hongroise qui seraient menacés par des ennemis de l’intérieur (les roms et les juifs) et par l’étranger.

Face à ces évolutions inquiétantes, une minorité de Hongrois manifeste régulièrement son opposition à la politique du gouvernement Orban. Ils trouvent depuis quelques mois un soutien du côté des institutions européennes. En janvier 2012, la Commission européenne a lancé une triple procédure d’infraction au droit européen envers la Hongrie, lui reprochant de ne pas garantir l’indépendance de la justice et de la presse, et l’indépendance de la banque centrale, et mettant en demeure le gouvernement Orban d’amender des lois récemment adoptées. Si Viktor Orban a d’abord reproché à la Commission de ne disposer d’aucune “légitimité démocratique”, son gouvernement négocie actuellement l’amendement des lois incriminées avec la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil de l’Europe. Si la Hongrie ne s’est pas mise en conformité mi-avril 2012 avec le droit européen, la commission européenne devrait saisir la Cour de justice de l’Union européenne, et le Parlement européen pourrait recommander la suspension des droits de vote de la Hongrie (le parti populaire européen, conservateur, y est cependant opposé).

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Journal d’Avril 2012: “1954-1962 : je me souviens…”

18 avril 2012

Mai 1954 reddition du corps expéditionnaire français à Bien Bien Phu.

1er novembre 1954, début de ce qui allait devenir la guerre d’Algérie avec l’assassinat de l’instituteur Monnerot. Pendant des années un certain silence sur cette période s’est installé en France du moins, par les pouvoirs publics et beaucoup de médias.

Ce 50ème anniversaire de la fin des hostilités a entraîné un déferlement d’informations sans autant organiser une commémoration officielle. C’est pourquoi, que pourrais-je ajouter à ce qui a été dit ou écrit même au sein de notre journal ?

Est-ce nécessaire de dire encore l’histoire de ces événements devenus opérations de maintien d’ordre, puis opération de police pour enfin être appelés guerre? Aussi je me contenterai de parler de ma propre expérience, de mes souvenirs, de ce que j’ai pu vivre pendant presque deux années que j’ai passées en Algérie comme près de deux millions de mes contemporains.

Quelle mémoire peut-on avoir ? J’avais déjà relaté, il y a quelques années dans notre journal en publiant une lettre que j’avais écrite en décembre 1957, ce que je ressentais au cours de ces opérations militaires. 50 ans ont passé et la tristesse a pris le pas sur la passion. Tristesse pour toute cette “criminelle imbécillité” comme vient de l’exprimer Bernard Guetta dans une chronique radio ces jours-ci. Criminelle oui, car tout aurait pu être évité : 30.000 soldats morts, 100.000 blessés, 400.000 Algériens, civils,FLN… Des milliers de Harkis tués après 1962.

Oui, il fallait mettre un terme à cette guerre sans issue, oui les circonstances des accords ont été désastreuses… mais il le fallait. Et depuis, quelle mémoire ? Notre dernière séance sur la guerre d’Algérie avec la projection du film de P. Schœndoerffer, L’honneur d’un capitaine, a fait remonter à ma mémoire, jamais complètement enfoui, tout ce que j’avais vécu.

A mon retour en 1959, j’ai mis un an à me remettre, puis j’ai appris à ne plus culpabiliser jusqu’à ces derniers jours. Et pourtant je n’ai rien à me reprocher, sauf d’avoir participé à ce qui n’aurait jamais dû être : une guerre d’une violence inouïe, qui malgré tout m’a permis d’engager toute mon existence à ma place, dans la défense des droits de l’homme partout, d’une certaine idée de la République française et de poursuivre ainsi à ma petite place, ce que m’avait enseigné mon père.

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2012: Évian, les accords de la honte

18 avril 2012

Les membres des délégations française et algérienne emmenées respectivement par Louis Joxe et Krim Belkacem pour la signature des accords d'Évian

Voilà bien un sujet qui me révulse: comment, 50 ans après, peut-on seulement concevoir, avoir l’impudence de “célébrer” ces funestes accords? Certes, me dira-t-on, il fallait bien y mettre fin, à cette “maudite guerre” d’Algérie. J’en suis d’accord, encore que, plus certainement, on aurait pu éviter de la faire, ce qui aurait évité à la France d’y perdre sa dignité et son âme. Si l’on avait prêté une oreille attentive à ce que répétait Camus depuis 1938 (!), si l’on avait seulement pris la peine de s’intéresser aux populations en question, et pris conscience de la réalité, peut-être aurait-on pu éviter l’explosion? Mais qui se souciait alors des Arabes et des Français d’Algérie? Qui, en métropole, savait qui ils étaient? Personne, et surtout pas nos gouvernants. Mais bon. On avait donc déjà, dans cette affaire, perdu son âme en s’abîmant dans la torture (Camus, encore lui: Chacun s’autorise du crime de l’autre pour aller plus avant), on allait à présent perdre sa dignité et son honneur dans des “accords” scandaleux: les deux parties n’ont rien fait d’autre que de se mettre d’accord sur le dos des “autres”, à savoir les Musulmans d’Algérie et ces maudits Pieds Noirs, que l’on a fini par considérer comme les principaux responsables de cette tragédie. M. Defferre, maire de Marseille, avait bien proposé de rejeter cette  “racaille” à la mer, mais on n’a quand-même pas osé. Il n’empêche, l’accueil de la “mère-patrie” à ces “quelques vacanciers”, comme a pu le dire un ministre, ne fut pas des plus chaleureux (Camus toujours: et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine).

Voyons à présent ce que disaient ces accords:

—En premier lieu, fin de toute opération militaire et de toute action armée le 19 Mars 1962. Or, dès le lendemain, des dizaines de Français d’Algérie étaient enlevés et massacrés, ce à quoi l’OAS répondait évidemment par des attentats contre les Musulmans. L’armée française, toujours présente, laissait faire. Sérieux accroc dans les accords, mais qui a protesté?

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Journal d’Avril 2012: Face à l’insoutenable

18 avril 2012

Statue de la Justice (Rennes, France)

La France vient de vivre un cauchemar, jusqu’à l’arrestation et la mort d’un jeune homme de 23 ans, ayant tué de sang froid sept personnes dont trois enfants.

Cette situation m’en rappelle une autre. En juillet l’année dernière, je me trouvais en Norvège. Je me promenais dans Oslo si calme pendant les vacances et venais d’acheter des cerises sur le marché. Vingt minutes après, Anders Behring Breivik y fit exploser une bombe de forte puissance, tuant d’un seul coup sept personnes. A peine deux heures plus tard, il se rendit sur la petite île d’Utøya, et massacra froidement soixante neuf jeunes travaillistes, en université d’été.

Le premier ministre Jens Stoltenberg prononça alors ces mots devenus célèbres: Nous sommes un petit pays, mais un peuple fier. Nous sommes choqués de ce qui nous arrive, mais nous n’abandonnerons jamais nos valeurs. Notre réponse est : plus de démocratie, plus d’ouverture et plus d’humanité, mais jamais de la naïveté.

Presque un an plus tard, Breivik va se retrouver devant les juges et la Norvège doit faire face aux souvenirs douloureux. Mais entre-temps, nous n’avons eu aucun plan genre Vigipirate renforcé, ni aucune mesure restrictive du genre de celle annoncée par Sarkozy sur internet.

Les chars qui gardèrent le château royal et le parlement dans les jours suivant les attentats de Breivik, ont vite disparu, et les contrôles de sécurité dans les aéroports sont les mêmes que partout dans le monde, et seulement au départ, pas à l’arrivée.

Plusieurs experts ont faits des comparaisons entre Merah et Breivik. La même préparation minutieuse, le même sang froid glaçant, le même maniement aisé des armes. Les deux ont agi seuls. Deux “loups solitaires” comme on dit. On les cerne très difficilement, et c’est encore plus difficile de les empêcher d’agir. Mais face à eux, il ne faut pas céder à la tentation d’un état policier.

Vibeke Knoop

 


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