Journal d’Avril 2012: “Histoire des grands parents que je n’ai pas eus” de Ivan Jablonka (Seuil)

18 avril 2012

Biographie familiale, œuvre de justice, travail d’historien : le titre de cette magnifique tentative de reconstitution et de déclaration d’amour se passe de commentaires : Matès et Idessa Jablonka ont été communistes en Pologne, étrangers illégaux en France, Juifs sous le régime de Vichy, et ont terminé leur courte existence de clandestins et de persécutés à Auschwitz, convoi n° 49 du 2 mars 1943, au départ de la gare du Bourget-Drancy. Leur petit-fils ne sait rien de leur vie et de leur mort mais tente de les faire renaître, afin de réparer (non de pardonner) les offenses, à partir de la bourgade juive de leur lieu de naissance, Parczew, se sentant  viscéralement lié à ce bled qu’on met un quart d’heure à trouver sur une carte, quelque part entre Lublin et Brest-Litovsk, aux confins de Pologne, de l’Ukraine et de la Biélorussie.

Le nom Jablonka signifie : petit pommier. Ce sera la reconstitution supposée de leur vie, en Pologne et à Paris. Ce sera l’histoire du convoi (2043 vies transformées en  cendres à l’arrivée.), “épisode” lié au Krematorium II, prototype de la nouvelle génération des chambres à gaz (..) testé avant son entrée en service prochaine. Les non-sélectionnés à l’arrivée (dont Matès, 34 ans, en pleine force de l’âge et en bonne santé) ont été employés à faire chauffer les générateurs, avec les cadavres de 45 hommes bien nourris et bien gras récemment gazés, en raison de 3 par bouche à feu. Les SS calculaient montre en main la durée de l’opération. Trop long, à perfectionner. La perfection était pourtant à portée de main et Prüfer, l’ingénieur nazi de la firme Topf, est si fier de son invention qu’il la fait breveter. A regarder de plus près la merveille, on constate que c’est une unité de production et de destruction de cadavres rationnellement organisé : en sous-sol, le vestiaire communique directement avec la chambre à gaz, et un monte-charge expédie les corps au rez-de-chaussée, où ils sont brûlés dans cinq fours trimoufles (soit quinze bouches à feu), les crématoires proprement dits. Terminée, l’ère du bricolage, il s’agit de détruire un maximum de personnes en un minimum de temps, avec la plus grande économie de moyens : 20 minutes. La routine.

Tentant de reconstituer ces deux vies profanées au milieu de millions d’autres, Ivan Jablonka tente de reconstituer leurs destins possibles entre l’ouverture des wagons, au crépuscule du 4 mars l943, et leur mort, par liquidation, typhus, épuisement, suicide, évasion ratée, ou n’importe quoi d’autre…La vie de Matès et Idessa, écrit son petit-fils, était vouée à la révolution en Pologne, la société sans classes, la fin de l’oppression. Ils faisaient partie des Juifs qui, toute leur vie, ont voulu échapper à la chape identitaire pour mieux embrasser l’univers. Une vie transformée en échec sur toute la ligne, qui symbolise une génération.

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Journal d’Avril 2012: Syrie

18 avril 2012

Il y a un an, la révolte syrienne qui s’est inscrite dans ce que l’on a appelé “le printemps arabe” n’a pas connu le même sort que les autres révolutions.

Durant cette année, le régime syrien a violemment réprimé les mouvements de contestation et n’a cessé de durcir sa position contre les insurgés, bombardant les villes et détruisant tout sur son passage .

Selon Amnesty international le chiffre des victimes de ce conflit est considérable. Plus de 9000 personnes tuées dont plus de 4000 enfants et 69.000 détenus affreusement torturés dans les geôles.

Des chiffres  effrayants. Mais peut-être en faut-il davantage pour faire réagir efficacement la communauté internationale.

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2012: la Turquie diffuse “Shoah” de Claude Lanzmann

18 avril 2012

Le fait est assez rare pour être mentionné.

Pour la première fois dans un pays musulman, à l’occasion de la journée internationale de la Shoah, le 27 janvier dernier, le documentaire de Claude Lanzmann “Shoah” a été diffusé sur la chaine de télévision nationale turque.

En plus, à cette occasion, le ministre des affaires étrangères turc a publié un communiqué dans lequel il a rendu hommage aux 6 millions de Juifs sassassinés pendant la guerre et a rappelé que ce jour du souvenir montre aussi le chemin de la compréhension mutuelle, de la tolérance et de la coexistence. Ce jour rappelle aussi l’importance de l’apprentissage des leçons du passé pour tout ce qui est lié à la lutte contre le racisme, la haine de l’étranger et l’antisémitisme.

C. Lanzmann a qualifié cet événement d’historique  : ce n’est pas faux.

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2012: une visite au mémorial de Caen

18 avril 2012

Voyage de Mémoire 2000 avec des élèves de terminale en février 2012

Près de 200 élèves de terminale ont visité, le 3 février dernier, le superbe Mémorial sous l’égide de Mémoire 2000. Une journée très fructueuse dans ce musée, peut-être un peu trop riche. La très grande quantité de documents présentés multiplie les salles, ce qui rend la visite un peu confuse. La partie consacrée à l’après-guerre mériterait à elle seule, un musée. Une visite indispensable, cependant!

C’est au cœur de l’hiver que toute une promotion de première se rend dans ce haut lieu de la Mémoire. Le temps est beau et le froid sec, ce qui confère une dimension supplémentaire à la solennité de cet endroit qui nous accueille avec une inscription qui rappelle la douleur de la guerre mais aussi l’espoir et le courage de ceux qui se sont battus ou sont morts pour la liberté. Les élèves déambulent dans cet immense hall d’entrée qui donne le ton à ce conflit apocalyptique qui a endeuillé une nouvelle fois le siècle.

Albert, élève de première scientifique, nous livre ses impressions à l’issue de la visite qui dure la journée. “J’ai passé une journée émouvante au Mémorial de Caen qui m’a permis de redécouvrir et de mieux comprendre les conflits qui ont marqué le XXe siècle. De la Première Guerre mondiale à la chute de l’URSS, ce musée nous retrace l’intégralité du siècle le plus marquant de l’histoire. En plus d’être enrichissante, ce fut également une sortie bouleversante : j’ai été bouleversé par les films très courts dédiés aux témoignages d’habitants ayant assisté à l’exécution de Juifs par exemple : ils étaient tout simplement poignants ! Bref, en d’autres termes, ce musée est tout simplement incontournable et j’y retournerais volontiers!”

 Mémoire 2000


Visite à Izieu et au CHRD de Lyon, les 5-6 mai 2009

18 avril 2012

Les 5 et 6 mai 2009, Mémoire 2000 a amené une classe du lycée Condorcet à la Maison des Enfants d’Izieu et au Centre d’histoire sur la résistance et la déportation de Lyon.


Un grand merci à Pierre-Jérôme Biscarat et à toute l’équipe du Mémorial qui font un travail remarquable : ils reçoivent plus de 16 000 jeunes visiteurs par an.

A lire le livre de P.J. Biscarat Dans la tourmente de la Shoah – Les enfants d’Izieu (Michel Lafon) :

1943. Des enfants juifs, venus de toute l’Europe, trouvent refuge dans une colonie à Izieu, un petit village sur les contreforts du Jura, à quatre-vingt-dix kilomètres de Lyon. L’année suivante, le 6 avril 1944, quarante-quatre enfants et leurs sept éducateurs sont arrêtés par la Gestapo locale, sur ordre du SS-Obersturmführer Klaus Barbie. Le 13 avril, ils sont déportés à Auschwitz. Aucun des enfants ne reviendra. Ils sont gazés le 15 avril. Le plus jeune, Albert Bulka, n’avait pas encore cinq ans ; le plus âgé, Arnold Hirsch, venait tout juste de fêter ses dix-sept ans.

Voici quelques témoignages des participants à ce voyage de mémoire :

Compte-rendu des accompagnateurs Mémoire 2000 :
Joëlle Saunière
Claudine Hanau

Témoignages d’élèves :
Eugénie
Hugues
Lauriane
Léonore
Paul
Sixtine
Extraits de divers autres élèves

Sites pertinents :
Lycée Condorcet
Maison des Enfants d’Izieu
CHRD

Photos:


Séance du 12 novembre 2009 : Les Citronniers

18 avril 2012

Travaux d’élèves

Séance du jeudi 12 novembre 2009
Les Citronniers
Réalisé par Eran Riklis

C’est toute l’histoire du conflit du Moyen-Orient qui s’inscrit en filigrane dans Les Citronniers, le très beau film du réalisateur israélien Eran Riklis.

Une veuve palestinienne vit en Cisjordanie, juste à la limite de la frontière avec Israël, de l’exploitation de la culture des citronniers que lui ont laissé ses parents, avec l’aide d’un vieux jardinier arabe qui la considère comme sa fille.

De l’autre côté de la frontière, vient s’installer le ministre israélien de la Défense avec sa famille, et tout va changer, car il craint que des terroristes ne se cachent parmi les citronniers qu’il veut donc faire abattre.

Sa femme qui apprend le sort réservé à sa voisine est horrifiée. La veuve se rebelle et avec l’aide d’un jeune avocat (qui tombe amoureux d’elle) décide d’aller devant la Cour suprême pour demander que justice soit faite.

Malheureusement les arguments du ministre israélien sont les plus forts . Le jeune avocat se fiance, les citronniers seront tous arrachés et la femme du ministre, écoeurée par le sort réservé à la Palestinienne, repart vers Tel-Aviv.

Nous avons eu la chance d’avoir comme débatteur Monsieur David Chemla, président des Amis de la Paix Maintenant en France, qui non seulement connaît parfaitement Israël et les conflits qui s’y rattachent mais en revient tout dernièrement, ce qui a beaucoup intéressé nos spectateurs qui venaient de différents milieux, comme à l’accoutumée.

Suite à cette projection, nous avons reçu quelques textes rédigés par les élèves de la classe de 3ème A collège Pierre de Ronsard (Paris 17ème), que nous avons le plaisir de reproduire ici. Le thème proposé par leur professeur était le suivant : Salma et Mira se rencontrent et peuvent enfin se parler. Imaginez leur conversation.

Louise R.
Mathieu B.
Ilan A.


Journal d’Avril 2012 : Guantanamo

17 avril 2012

Prisonniers à Guantanamo (base militaire américaine à Cuba)

Cela fait dix ans que le centre de détention tant décrié de Guantánamo fut ouvert à Cuba par les autorités américaines, dans le cadre de lutte contre le terrorisme, après le 11. septembre. 171 personnes y sont toujours détenues (sur 779) . 8 sont mortes sur place, 90 ont été libérées. La France en a accueilli 9.

Jamais libres

Le premier d’entre eux, Lakdhar Boumediene d’Algérie, a vécu 7 ans dans cet enfer. Sans nom, ni identité, juste un numéro (10005). Saber Lahmar, également algérien, est resté six mois de plus. Aucune charge n’avait été retenue contre eux, et ils n’ont jamais été condamnés. Finalement reconnus innocents, ils vivent désormais en France. Ni l’un, ni l’autre n’arrive à s’en sortir. Ils ont le sentiment de ne plus exister.

Lakdhar Boumediene (à gauche) et Saber Lahmar (à droite) dans les locaux d'Amnesty International France en Janvier 2012

Ils m’ont tout pris. Mon passeport, tous mes papiers, et volé mon identité. Aujourd’hui, je suis apatride. L’Algérie ne me reconnaît plus comme algérien, et la France ne veut pas m’accorder la nationalité francaise. Je ne suis plus rien. Ici pour moi, c’est comme Guantánamo – en plus grand, dit Lakdhar Boumediene. Pour Saber Lahmar, la France est comme un grand Guantánamo…

Lakdhar est fatigué. Il n’a que 46 ans, mais la silhouette est déjà voûtée et la poignée de main sans force. Là bas, il a attrapé le bacille tuberculeux – pour l’instant à l’état latent. Il n’arrive pas à quitter Guantánamo – mentalement. Quand il se lave les mains, il voit les cicatrices des menottes. Ses nuits sont encore hantées de souvenirs d’humiliations, torture et grèves de la faim. Comme Saber, il fut nourri de force, attaché sur une chaise. Les soldats américains les nourissaient avec une sorte de bouillie à travers une narine. Souvent, ça passait par la voie respiratoire et dans les poumons.

Quand ils voient un soldat américain à la télévision, il croient voir ceux qui se penchaient sur eux, pour les nourrir de force. Ils ont encore des séquelles physiques et psychiques de leur séjour.

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Journal d’Avril 2012 : “Paroles de l’ombre” de Jean-Pierre Guéno et Jérôme Pecnard aux éditions Les Arènes

17 avril 2012

C’est l’histoire des tracts, journaux, poêmes et chansons des Français sous l’occupation. Le livre reprend des centaines de documents inédits, reproduits à l’identique, de textes écrits par des journalistes, des hommes politiques, intellectuels, écrivains de la Résistance et de la collaboration.

C’est passionnant et édifiant. Dans notre pays on parle beaucoup de de Gaulle et de la Résistance. Ce livre nous ramène à une triste réalité : ceux-ci n’étaient pas très nombreux, mais ils permettent d’embellir ce qu’était réellement la France de Vichy de 1940 à 1945 et certains mots, certains discours d’aujourd’hui résonnent à nos oreilles comme autant de rappels à cette période.

Feuilletons ensemble ce livre : Jeanne d’Arc est une héroïne nationale statufiée par Abel Bonnard, ministre de l’éducation nationale en 1942 ; Robert Brasil-lach antisémite notoire, traître à sa patrie cité en exemple comme poète par un homme politique connu… Drieu la Rochelle auteur du “feu follet” film de Louis malle et aussi d’“Oslo”, film norvégien : bon écrivain mais aussi beau salaud…

Et puis d’autres noms qui apparaissent au hasard: André Bettencourt directeur de la revue Terre Française, financée par l’Allemagne – ultra collaborateur et violemment antisémite. André Bettencourt, mari de qui vous savez et qui a fini ministre.

Et combien d’autres découvertes, sans parler de “l’identité française”, de la France qu’on aime et ceux qui ne l’aiment pas. Anti France, immigration, étrangers…tous ces mots qu’on entend et au nom desquels on a, à l’époque, commis les pires crimes.

Autant qu’il m’en souvienne, un mois avant la libération de Paris et lors de la visite ultime du Maréchal Pétain, des milliers de Parisiens étaient là pour l’acclamer.

A nous de faire en sorte que cela ne se reproduise pas, mais tout est possible.

Daniel Rachline


Journal d’Avril 2012 : Mein Kampf (pourquoi?)

17 avril 2012

Ecrit en 1924/25 en prison où Hitler se trouvait pour 18 mois à la suite d’une tentative de putch.

Dès sa publication, il a été traduit en France à quelques dizaines d’exemplaires et diffusé par les créateurs de la Ligue contre les progroms devenue vite la LICA, pour informer de ce qu’il allait se passer : sans succès.

Aujourd’hui il est en vente partout, traduit dans toutes les langues c’est un véritable best seller.

Il a été interdit de publication en Allemagne, mais cette interdiction sera bientôt levée et avec elle un nouveau tabou tombe.

Bientôt, en 2016, le livre tombera dans le domaine public. A cette occasion qu’adviendra-t-il?

La banalisation de ce genre d’ouvrage  risque d’être des plus pernicieuse avec le vide moral et juridique qui préside.

C’est dans cet esprit que nous avons rencontré Maître Philippe Coen initiateur du site hateprevention.org qui nous a présenté des propositions qe l’on peut consulter sur son site.

Plonger dans l’avenir où avec la liberté totale de parole sur la toile, tout concourt aux débordements, que faire alors?

Maître Philippe Coen nous apporte une réponse.

Daniel Rachline


Journal d’avril 2012 : Il y a 50 ans….

17 avril 2012

Adolf Eichmann devant les juges du tribunal pénal de Jérusalem en 1961

C’était en 1960. Après une longue traque, Adolf Eichmann est enlevé par le Mossad en Argentine où il coulait des jours tranquilles. Usant de subterfuge, les Israéliens parviennent à le transporter clandestinement en Israël.

Cet enlèvement provoqua une vive réaction du gouvernement argentin ainsi que des manifestations antisémites. Qu’importe, désormais Eichmann est entre les mains des Israéliens et le 23 mai 1960, sous les acclamations des députés présents à la Knesset, Ben Gourion annonce la capture du criminel nazi.

En avril 1961, s’ouvre à Jérusalem son procès qui attire deux fois plus de journalistes que le procès de Nuremberg. Ce procès est intégralement filmé et passe en direct à la télévision; c’est une première. Cela dure 8 mois et le 11 décembre 1961, Eichmann est condamné à mort. Il interjette appel, mais le 28 mars 1962, le verdict est confirmé. Le 1er juin 1962 Eichmann est pendu. Cela fait donc 50 ans…

Pourquoi se souvenir? Pour ne pas oublier. Ne pas oublier qu’Eichmann contrairement aux milliers de personnes qu’il a envoyées arbitrairement à la mort, a bénéficié, lui, d’un procès équitable : il a été jugé et condamné selon la loi.

Ne pas oublier que ce procès a permis pour la première fois de favoriser “l’avènement du témoin”, et que des survivants de la Shoah ont pu témoigner et raconter l’histoire du génocide.

Cette catharsis était indispensable.

Lison Benzaquen


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