Le nouvel enseignement du mépris, un texte de Guy Konopnicki que nous reproduisons à l’intention de nos lecteurs

5 septembre 2011

Une circulaire parue au Bulletin officiel de l’Education nationale recommande de remplacer le terme Shoah par « anéantissement ». Ce mot serait plus rigoureux, et le rôle de l’école étant d’assurer la défense et l’illustration de la langue française, il semble bien naturel de bannir toute importation de l’Hébreu. Respectant cette recommandation, le manuel d’histoire présenté par les éditions Hachette pour les classes de première évoque donc l’anéantissement des Juifs par l’Allemagne nazie, en évitant le mot. La chose effroyable est correctement décrite, mais sans le mot. Sauf, bien sûr, dans le titre de l’enseignant invité à rédiger ce chapitre, Lannis Roder, responsable des formations pédagogiques au Mémorial de la Shoah.

Or, on se souvient qu’une enseignante de Nancy, Catherine Pederzoli, faisant l’objet d’une suspension disciplinaire, s’était vue reprocher son emploi systématique et donc abusif du mot Shoah, et ce, dans un rapport à charge rédigé par les inspecteurs généraux d’histoire. Traduite devant un conseil de discipline, Catherine Pederzoli a été réintégrée, le conseil n’ayant pas retenu les charges concernant l’emploi du mot Shoah, ni celles portant sur le contenu de l’enseignement dispensé tant en classe que lors des voyages de la mémoire. Mais si l’affaire Pederzoli est close, la querelle portant sur le mot Shoah n’est nullement anecdotique.

L’inspection générale de l’Education nationale rejette un terme, au motif qu’il ne vient pas des historiens, mais du travail d’un cinéaste, Claude Lanzmann. Le mot Shoah peut, à la rigueur, être mentionné en tant que terme adopté par l’Etat d’Israël pour désigner l’anéantissement des Juifs d’Europe.

Passe que l’Education nationale ne parvienne toujours pas à admettre le cinéma comme moyen d’investigation historique! L’inventeur de ce procédé, Louis Lumière, était tout de même membre de l’Académie des Sciences. Il est vrai qu’il s’y distingua, en 1942, par un éloge des progrès scientifiques de l’Allemagne hitlérienne, mais l’engagement des frères Lumière dans la collaboration ne les empêche pas d’avoir été à l’origine d’un bouleversement des moyens de la pensée. Le paradoxe du cinéma, c’est d’avoir été rapidement considéré comme un instrument d’hégémonie culturelle placé entre les mains des juifs, en dépit de l’antisémitisme de ses inventeurs. La négation de la valeur historique du film de Claude Lanzmann s’enracine tout à la fois dans cette prévention vis-à-vis du cinéma et dans l’insupportable soupçon de manipulation, de partialité, qui s’éveille dès lors qu’un Juif aborde, en tant que tel, l’histoire de la Shoah.

Lanzmann n’a pas choisi par hasard le mot Shoah. Il s’agissait de désigner le caractère unique du génocide des Juifs, sa planification systématique par le régime nazi, sa place centrale et obsessionnelle dans la politique hitlérienne. Et, ce qui est plus difficile à faire admettre à nos esprits clairs et rationnels, la désignation en hébreu de la Shoah porte aussi la singularité du peuple Juif. Lire la suite »


Gare de Bobigny: lieu de mémoire

26 janvier 2011

Lu dans Le Parisien de ce jour:

La « gare de la douleur » deviendra lieu de mémoire

Un protocole a été signé hier matin entre le président de la SNCF et la maire de Bobigny. Une nouvelle étape de la transformation de l’ancienne gare de déportation en mémorial.

Elle fut gare de l’indicible. De ses voies sont partis 21 convois, plus de 22400 juifs déportés vers Auschwitz et d’autres camps de la mort entre l’été 1943 et l’été 1944. Demain, dans une poignée d’années peut-être, elle sera lieu de mémoire. L’ancienne gare de Bobigny-Drancy sera réhabilitée avec l’appui de la SNCF, selon le protocole de coopération signé hier entre son président, Guillaume Pepy, et la maire (PC) de Bobigny, Catherine Peyge.

Un site de 3,5 ha

Cinq ans après la cession pour 1 € symbolique du bâtiment voyageurs aujourd’hui restauré, cette parcelle de la SNCF — la zone autrefois dévolue au trafic de marchandises — complète un puzzle historique. Il y manque toutefois une dernière pièce : les voies, encore propriété de Réseau ferré de France. Mais « c’est à l’étude et les négociations sont en cours avec RFF », assure Catherine Peyge. Lorsque l’ensemble sera reconstitué, le site s’étendra sur 3,5 ha, en contrebas de l’avenue Henri-Barbusse. « Nous aurons ainsi protégé de toute maladresse urbanistique ou commmerciale un haut lieu de mémoire et d’histoire, de recueillement et d’enseignement, de connaissance et donc de reconnaissance », s’enflamme presque la maire de Bobigny dans la solennité du lieu. Au premier rang de l’assemblée venue assister hier matin au transfert symbolique et à la signature du protocole de coopération, Simone Veil et Serge Klarsfeld en imposaient par leur gravité émue, rendant encore plus éloquent le très attendu discours « de la repentance » du patron de la SNCF.

Et maintenant? « Ce transfert est une étape », rappellent les partenaires de ce qui doit devenir non pas un musée mais un véritable lieu du souvenir, au même titre que le Mémorial de la Shoah de Paris, à la rénovation duquel la SNCF avait participé. Pour la gare de Bobigny, qui a déjà fait l’objet d’études de paysagistes et même d’une expertise confiée à l’association Topographie de la mémoire, aucun projet n’est encore défini mais le comité de pilotage, présidé par Simone Veil, doit tenir une réunion de travail « dans les prochaines semaines ». Le président de la SNCF y sera associé, de quoi assouvir sa soif de « participer à faire en sorte que ce lieu devienne, parmi d’autres, un lieu d’histoire et de mémoire ».

Il y a six ans, peu après l’inscription de la gare de voyageurs à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques, les premières pistes soumises au comité de pilotage évoquaient d’inclure la gare à un parcours de la mémoire, englobant notamment la cité de la Muette à Drancy, le Mémorial de la Shoah de Paris, voire l’ancien Vél d’Hiv. « Aucun projet n’est encore défini », se défendent aujourd’hui les partenaires, simplement engagés pour « un travail commun qui devra être fructueux, à la hauteur de l’obligation historique, morale et citoyenne due à ce lieu ».


La SNCF fait ses excuses : impavide devant la moralité, elle cède aux dollars

12 novembre 2010

Il aura fallu le risque de perdre un marché, mais la SNCF finit par laisser tomber son argument d’irresponsabilité. Juridiquement valable, sans doute, mais moralement abject. Sur RTL: dr :

C’est une première. La SNCF a présenté des excuses pour avoir transporté des Juifs dans les camps de la mort pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est le patron de l’entreprise, Guillaume, Pépy qui les a formulées en personne lors d’un voyage Outre-Atlantique, début novembre. Le groupe français a cédé à la pression des Etats-Unis, qui menaçaient de lui refuser l’accès à des appels d’offres pour la construction de plusieurs lignes ferroviaires en Floride et en Californie.

SOCIETE – Son président a dit sa «profonde peine» et ses «regrets» à des élus américains et à des associations juives…

La SNCF a cédé. L’entreprise, par la voix de son patron, Guillaume Pépy, a pour la première fois présenté des excuses pour avoir transporté quelque 76.000 Juifs vers les camps de la mort pendant la Seconde Guerre mondiale, rapporte ce vendredi RTL.

Guillaume Pépy s’est rendu Outre-Atlantique début novembre, pour rencontrer des élus de l’Etat de Floride et des associations juives. Il leur a remis une déclaration solennelle, et leur a dit sa «profonde peine» et ses «regrets» pour les conséquences des actes de la SNCF «effectués sous la contrainte de la réquisition».

Appel d’offres

La SNCF a ainsi cédé à la pression des Etats-Unis, qui menaçaient de lui refuser l’accès à des appels d’offres pour la construction de plusieurs lignes ferroviaires en Floride et en Californie. Ce voyage est en effet intervenu au moment même où étaient organisées les présentations des projets en lice pour la ligne Tampa-Orlando en Floride, qui pourrait être achevée en 2014.

L’entreprise avait jusqu’à présent insisté sur le fait que «les cheminots étaient sous le joug de l’occupant nazi, sous menace de mort». Guillaume Pépy envisagerait également selon la radio d’aménager l’an prochain un lieu de mémoire près de la gare de Bobigny, d’où partaient les convois emmenant les prisonniers du camp de Drancy.


Passeport citoyen à St Maur

10 novembre 2010

Lu dans Le Parisien de ce jour :

S’il est voté au conseil municipal, ce sera une première… La mairie de Saint-Maur envisage de distribuer aux écoliers un passeport citoyen pour inciter les enfants à assister aux sorties commémoratives. C’est ce qu’a annoncé Yves Dayan, maire adjoint délégué aux anciens combattants, lors d’une cérémonie organisée hier pour les enfants au cimetière militaire de Saint-Maur, deux jours avant le 11 novembre.

Une cérémonie durant laquelle 450 scolaires ont déposé une bougie sur l’une des 400 stèles de soldats morts pour la France.

Moderniser les commémorations

« Il s’agit d’un carnet de présence où les jeunes pourront noter leurs impressions et leurs idées, précise-t-il. Au bout de dix présences, une médaille de la ville leur sera remise. » L’objectif est de « fidéliser » les enfants pour entretenir le devoir de mémoire. D’après l’élu, la démarche est appuyée par l’Office national des anciens combattants (Onac). En septembre 2008, l’historien et maire adjoint de Saint-Maur, André Kaspi, avait d’ailleurs remis un rapport sur la « modernisation des commémorations publiques » au chef de l’Etat. Les enfants de la commune sont ainsi régulièrement associés à la cérémonie de ravivage de la flamme sur la tombe du soldat inconnu organisée sous l’Arc de Triomphe à Paris par le Souvenir français.

L’idée du carnet est de proposer des sorties, comme par exemple au Mont-Valérien, à l’Arc de Triomphe, aux Invalides […] en dehors du temps scolaire. « On veut montrer qu’il est possible de donner de son temps en dehors de l’école, reprend Yves Dayan. Malheureusement, les enfants ne viennent que lorsqu’il y a l’espoir d’un petit quelque chose au bout. Cela n’enlève rien à la valeur de la démarche, car le passeport expliquera ce qu’il s’est passé sur tel ou tel lieu. » Une enseignante se montre sceptique sur le procédé : « Je ne sais pas si associer le devoir de mémoire à une récompense est une bonne chose. Il faut que ce soit spontané. » C’est aussi ce que pense Carla, une élève de CM 2 : « Je n’irai pas plus à une cérémonie parce qu’il y a une médaille au bout… Si j’y vais, c’est que je veux participer. Mon arrière-grand-père est mort pendant la Seconde Guerre mondiale, alors c’est une manière de lui rendre hommage. » Une petite copine fanfaronne : « Ça dépend, elle est en or la médaille? » D’autres enfants n’ont pas matière à plaisanter, comme Adrien, accroupi devant une tombe l’air pensif : « Il est mort à 15 ans. Ça me fait bizarre qu’il soit allé à la guerre aussi jeune. »


Témoignage du dernier déporté homosexuel connu

23 septembre 2010

Le 25 septembre 2010 est dévoilé eau camp de Natzweiler-Struthof une plaque honorant les déportés pour motif d’homosexualité. À 97 ans, Rudolf Brazda serait le seul survivant de la déportation homosexuelle et il évoque, dans un long entretien vidéo à Yagg, ses années de détention au camp de Buchenwald. Son témoignage, précis et bouleversant, il l’avait d’abord livré à partir de 2008 à Jean-Luc Schwab, de l’association Les « Oublié(e)s » de la Mémoire, qui en a tiré un livre rigoureux et documenté, Itinéraire d’un Triangle rose.

CONDAMNÉ DEUX FOIS POUR HOMOSEXUALITÉ
Fils d’émigrés tchèques en Allemagne, Rudolf Brazda a tout juste 20 ans quand Hitler accède au pouvoir. Rudolf vit ouvertement son homosexualité et très vite, il subit la répression, liée au durcissement de la loi criminalisant les actes homosexuels, le fameux Paragraphe 175.

En avril 1937, alors qu’il vit à Leipzig, Rudolf est arrêté une première fois au titre du Paragraphe 175 et condamné à six mois de prison ferme. Exilé dans les Sudètes, devenu territoire allemand, Rudolf est à nouveau condamné en 1941, et une fois la peine purgée et en raison de son homosexualité, déporté au camp de concentration de Buchenwald, où il arrive le 8 août 1942. Il porte le matricule 7952 et on l’affuble d’un triangle rose.

Les conditions de détention sont extrêmement difficiles dans ce camp situé en territoire allemand et où seront d’abord enfermés des prisonniers allemands puis, lorsque la guerre éclate, ceux en provenance des pays occupés. Bien que Buchenwald n’ait pas été un camp d’extermination, le nombre de morts y est très élevé puisqu’on estime que plus de 56000 prisonniers (sur les 238000 qui y furent incarcérés) sont décédés dans le camp, soit exécutés, soit par épuisement ou maladie.

Lire la suite sur Yagg ICI.


La laïcité mise à mal au barreau de Créteil

20 septembre 2010

Lu dans Le Parisien Val-de-Marne de ce jour :

CRÉTEIL
La messe du bâtonnier sème le trouble au tribunal

Des fonctionnaires couverts « en cas d’accident de trajet » pour se rendre…à une messe ce matin.C’est un des effets de l’invitation envoyée par le bâtonnier au personnel du tribunal.

C’est un mail envoyé par le bâtonnier du Val-de-Marne au tribunal de grande instance de Créteil qui a mis le feu aux poudres. Jeudi, Arnauld Bernard demande à la directrice de greffe de relayer auprès des fonctionnaires du tribunal son invitation à une messe célébrée ce matin, à 11 h 30, en la cathédrale de la ville-préfecture, pour « le monde judiciaire du département ».

Une première dans les annales du barreau de Créteil qui fait rapidement grincer des dents parmi ses collègues avocats. « A moins qu’il ne souhaite relancer la guerre des religions au tribunal de Créteil, l’initiative est maladroite, estime ce conseil, spécialisé en droit pénal. Tout cela relève du domaine de la vie privée. Il n’a pas à faire de prosélytisme au nom du barreau de Créteil. » Penaud, Arnauld Bernard rectifie rapidement le tir. Dans un second mail diffusé le lendemain, craignant sans doute de bafouer le principe de laïcité de l’ordre, il fait son mea culpa : « Je tiens à présenter mes excuses (…) Je reconnais avoir commis deux erreurs. La première en communiquant cette information au moyen du papier en-tête de l’ordre et en ma qualité de bâtonnier. La seconde en utilisant l’expression pratiquant ou non. Pour que les choses soient claires, je rappelle qu’il s’agit d’une initiative qui m’était tout à fait personnelle ».

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Mémoire censurée

28 avril 2010

Faudrait-il rappeler à Monsieur le Maire que les SS étaient eux aussi “une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l’autorité légitime” ?

Lu dans Le Parisien :

La mairie de Parthenay a censuré une lettre écrite par Ida Grinspan, ancienne déportée, qui devait être lue dimanche à des élèves dans le cadre de la Journée nationale du souvenir des victimes et héros de la déportation.

Selon le Courrier de l’Ouest de mercredi, Nathalie Lanzi, professeur d’histoire-géographie au collège de la Couldre (Deux-Sèvres), avait demandé à l’ancienne déportée d’Auschwitz de rédiger un texte sur son histoire.

Les élèves devaient le lire dimanche, lors de la commémoration de la ville. Ida Grinspan relatait son arrestation par trois gendarmes à 14 ans, le 30 janvier 1944. Mais son témoignage a heurté Michel Birault, adjoint en charge des affaires patriotiques et lui-même ancien gendarme. A contrecoeur, l’enseignante a accepté de remplacer le mot «gendarmes» par «hommes».

Michel Birault a ensuite présenté le texte au maire Xavier Argenton (NC) qui, lui, a refusé sa lecture. «Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l’autorité légitime», a-t-il dit à son adjoint. Ce texte «n’est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue», a-t-il ajouté, selon le Courrier de l’Ouest.

«Mon objectif n’était pas de blesser mais de dire l’histoire. Je suis attachée au devoir de mémoire et au souci de vérité», a conclu Nathalie Lanzi, également conseillère régionale (PS).

Pour Ida Grinspan, «c’est terrible, cette mentalité-là. Il faut savoir regarder la vérité en face. Ce que je dis dans ce texte, je le dis à chaque fois que j’interviens dans une école. Je dis simplement ce qui a été». Depuis plus de vingt ans, cette femme accompagne les voyages scolaires du Mémorial pour la Shoah en Pologne, pour témoigner de l’enfer du camp de concentration d’Auschwitz.


La LICRA poursuivrait enfin Zemmour

20 avril 2010

Un petit coup de gueule suite à la lecture de l’article de presse ci dessous.

Après l’apologie de Hortefeux, on ne s’attendait pas à voir la LICRA s’attaquer à Eric Zemmour pour ces récents propos abjects.  Surprise alors lorsque l’association antiraciste a déclaré vouloir poursuivre la personnalité télé. La réalité nous a rattrapé avec la proposition de la LICRA de remplacer les poursuites pour racisme par un “débat” télévisé, projet assez absurde, mais bon à savoir. On sait désormais que pour la LICRA ne porte pas plainte pour racisme ou antisémitisme, il suffit de proposer un débat.  Après s’être décrédibilisée en matière de poursuites en annonçant qu’elle n’allait rien faire contre Hortefeux (et en couvrant ce que le procureur vient de qualifier d’injures racistes), puisque la victime n’avait pas porté plainte, on se doutait que la LICRA trouverait tout moyen pour ne pas agir contre Zemmour.

Hélas pour elle, la LICRA semble avoir quelques membres qui se rappellent qu’il y a bien la lettre R dans leur sigle, et elle annonce revenir sur sa décision de laisser filer Eric.

C’est un peu tard, mais c’est mieux que rien.

De 20 Minutes :

POLEMIQUE – La Licra a confirmé ce lundi poursuivre Eric Zemmour en justice, après avoir consulté ses militants…

Un nouvel épisode dans le feuilleton qui oppose la Licra Eric Zemmour, depuis les propos qu’il a tenus le 6 mars sur Canal + et France Ô. Dans cette sortie, il estimait que «la plupart des trafiquants sont des noirs et des arabes», ajoutant «c’est un fait».

La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme annonce en effet ce lundi sur son site qu’elle maintient sa décision de poursuivre le polémiste en justice, annoncée dès le 16 mars. Pourtant, l’affaire semblait presque close: Eric Zemmour avait finalement annulé le débat télévisé qu’il avait lui-même proposé, durant lequel il aurait dû être face au président de la Licra, Alain Jakubowicz. Alain Jakubowicz avait alors publié une lettre le 1er avril.

Plus de proposition de débat par Eric Zemmour
Acharnement? La Licra aurait en fait bien préféré «poursuivre le débat hors de l’enceinte judiciaire». Seulement voilà, Eric Zemmour ne lui aurait plus donné signe de vie depuis le débat télé annulé en dernière minute. «Il n’a pas souhaité ce débat, pas émis d’autre proposition. Comme je l’ai dit dans ma lettre, par ses propos du 6 mars, il a franchi la limite d’expression dans un état de droit. Or, ce genre de sujet ne se règle pas par voie épistolaire», plaide Alain Jakubowicz.

Autre fait, cette décision devait passer devant le Conseil fédéral de la Licra. «Nous avons voulu consulter nos militants lors d’un vote, qui s’est tenu lors Conseil fédéral samedi dernier. La majorité était assez significative», précise Alain Jakubowicz.
La Licra a demandé à ses avocats de saisir la Chambre de la presse du Tribunal de Grande Instance de Paris.


Aux funérailles de la mémoire

19 avril 2010

Paru dans le journal d’Avril 2010

Auschwitz-Birkenau, commémoration du 27 janvier 2010

Tous les ans, le 27 janvier, est commémorée la libération du camp d’Auschwitz. Cette année, pour le 65ème anniversaire de cette libération, la commémoration se devait d’être plus solennelle qu’à l’accoutumée et les derniers témoins plus et mieux entendus encore. Apparemment ce ne fut pas le cas et cette cérémonie “sans âme et sans égard pour les victimes”, n’a été, semble-til, qu’“officielle”. Cest en tout cas ce qui ressort du remarquable témoignage paru dans le Libération du 14 février dernier, de l’écrivain Catherine Herszberg qui, avec beaucoup de talent et d’humour (il en faut une sacrée dose dans certains cas), raconte sa visite à Auschwitz en compagnie de l’une des deux rescapés de sa famille. Intéressés par ce témoignage et surtout par le problème qu’il pose au “passeur” de mémoire que notre association s’applique à être, nous avons contacté Catherine Herszberg qui avec une grande gentillesse et générosité, nous a proposé de publier l’extrait ci-dessous.

“Je viens d’une de ces tribus où les camps ont une puissance de réalité telle que leur évocation ponctue les causeries les plus ordinaires. Sans drame, ou exceptionnellement, ou en passant, ou juste comme ça, le camp surgit dans la phrase puis la quitte aussitôt comme il en va du vocabulaire quotidien. Aussi n’ai-je jamais eu envie de voir Auschwitz- Birkenau, jamais. Mais tout récemment, à l’occasion du 65ème anniversaire de la libération du camp, l’une des deux rescapés de ma famille a manifesté le désir de s’y rendre une fois encore, la dernière, sur les traces de sa mémoire et pour dire adieu aux siens.

Y aller avec Régine, cette toute petite femme rétrécie au fil des ans, 90 ans, d’une vitalité à épuiser un enfant, était une occasion sans doute sans lendemain. “Je viens avec toi. – Ah ! quel bonheur…” Plus question de reculer.

Pourtant l’affaire m’a vite paru mal engagée. Et d’abord le courrier de la puissance invitante, le secrétariat d’Etat à la défense et aux anciens combattants. “Il m’est particulièrement agréable de vous convier (…) à accompagner le ministre pour ce déplacement symbolique.” J’ai pensé : Auschwitz est j’espère trop réel pour devenir symbolique.

Et aussi : les déportés n’accompagnent personne dans les camps, ils y reçoivent.

Et encore : a-t-on besoin de figurants pour la photo?

Mais il y a des sujets, comme celui-là, où on est très pointilleux et on avance tous sens dégainés. Il fallait tempérer. La formulation était maladroite mais le coeur devait y être. J’avais mauvais esprit. A quelques jours du départ, on a reçu le programme de la journée dans une enveloppe aux couleurs de la France, certifiée ministère de la Défense. Au milieu de l’enveloppe, imprimé sur un sticker, mon nom ès qualité : C. H., Accompagnatrice, Union des déportés d’Auschwitz. “Allo, t’as reçu ta convocation? – Oui, Régine. – Ils ont mis quoi sur ton enveloppe? –Accompagnatrice. Et sur la tienne? –Ancienne déportée. – Sur l’enveloppe?… Ils ont mis ça sur l’enveloppe?! – Oui, sur l’enveloppe.” Ils auraient dû mettre le numéro, m’a dit un ami. Mes amis aussi ont mauvais esprit.

Le 27 janvier, à 5h du matin, on a rejoint l’avion officiel. A bord, quelque 170 passagers, le ministre et sa troupe, des personnalités, des parlementaires, des lycéens… et seize anciens déportés de 80 ans bien passés. Nous nous sommes posés à Cracovie par – 17° pour embarquer dans des bus direction Oswiecim. A chaque bus son “chef de groupe”. La nôtre fit preuve d’un talent certain pour l’animation collective. Puisque le bus transportait des déportés et des lycéens – lauréats, qui plus est, du concours national de la Résistance –, ils allaient se causer.

A voix haute. Au micro. On appelle ça la transmission de mémoire. La chef de groupe : “Madame M. venez, venez vous asseoir devant, prenez le micro, venez témoigner pour les jeunes et eux vous poseront des questions”. La voix de Madame M. s’élève dans le bus, au micro, entraînée malgré elle dans le circuit découverte de l’extermination. “Mes parents et dix de mes frères et soeurs ont été gazés dès le départ…”

Trois jeunes lycéens ont pris place à ses pieds, tendus vers la transmission de mémoire… “Et le SS était capable de prendre mon numéro et de me fusiller…”

Madame M. sollicite les adolescents pour qu’ils posent des questions…“Vous n’imaginez pas ce qu’était l’appel, dans le froid glacial, nus, pendant des heures…” Madame M. insiste pour entendre des questions, les lycéens sont à la peine… “Et la faim? heureusement vous ne savez pas ce qu’est la faim…”

Au fond du bus, la conversation a repris normalement – la mémoire y avait sans doute déjà été transmise…“Les cheminées brûlaient constamment…” Les lycées ont fini par dénicher quelques questions…“Il y avait une odeur à Auschwitz qu’on ne peut pas oublier…” J’ai pensé que cette voix allait sans fin s’écouler du micro, couvrant sans l’effacer le brouhaha des conversations et soudain, ce fut irrépressible, j’ai bondi au fond du bus vers la chef de groupe: “Vous allez nous faire subir ça jusqu’au bout? C’est obscène!…” La chef de groupe (professionnelle) : “Pour toute réclamation, adressez-vous au service du protocole”. Autour de nous quelques parlementaires avaient écouté, surpris et muets.

Ce n’était donc pas obscène. J’avais mauvais esprit.

[…] Dans l’avion, au retour, les langues se sont déliées sur cette invraisemblable commémoration, la dernière où s’étaient joints des survivants a répété la presse du jour et du lendemain qui n’y avait rien vu.

Quant à moi, ce 27 janvier 2010 à Auschwitz-Birkenau, j’ai eu la sensation bouleversante d’avoir participé au cortège funéraire de la mémoire.”

Catherine Herszberg


Un ministre de l’intérieur coupable d’injure raciale ?

17 avril 2010

Publique peut être pas, mais injure raciale, certainement…

Lu dans Le Point :

Des paroles qualifiées d’”outrageantes” par le procureur mais pas de condamnation requise : le parquet a joué les équilibristes pour analyser les propos adressés en septembre à un jeune militant UMP d’origine arabe par le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, jugé par le tribunal correctionnel de Paris. Le procureur François Cordier a en effet émis un doute sur le caractère public de l’échange au cours duquel Brice Hortefeux s’est exprimé avec ces mots, à l’université d’été de l’UMP à Seignosse (Landes). A ses yeux, il n’est pas établi que le ministre avait connaissance qu’il était filmé et enregistré par une caméra de télévision. Or le ministre de l’Intérieur, absent à l’audience, était cité à comparaître par le Mrap pour “injure publique et raciale”.

Si le tribunal, qui a mis sa décision en délibéré au 4 juin, est d’avis que les propos poursuivis n’étaient pas publics, il peut requalifier les faits en “injure raciale”, une infraction qui relève de la contravention, et non plus du délit. Sur la nature des paroles du ministre, le procureur a été sans ambiguïté. “Il me semble que le délit d’injure raciale est constitué au sens de la loi”, a-t-il déclaré, parlant de “propos outrageants” et “méprisants”. Il a critiqué une conversation entamée sur un ton familier et qui “dérape”.

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